10 principes d’équitation (éthologique – ou classique)

Vous êtes passionné(e) d’équitation éthologique ? Ou bien, en tout cas, vous aimeriez mieux comprendre votre cheval pour mieux travailler avec lui ? Vous ressentez le besoin de comprendre les bases scientifiques d’un bon entraînement du cheval ?

Aujourd’hui, c’est l’instant culture générale ! On vous explique dans cet article les dix principes issus d’une des plus grandes organisations scientifiques en Europe et qui contribue à construire une équitation toujours mieux adaptée… aux chevaux. Ces lignes de conduite, je vous rassure, sont loin d’être purement théoriques ! Elles vous serviront quotidiennement si vous parvenez à bien les comprendre. Allez, c’est parti, on vous aide !

cheval alezan au contact

Nos conseils sur le sujet

  1. Comprenez l’intérêt de ces principes
  2. Connaissez les travaux de l’ISES et leur rayonnement sur le monde équestre
  3. Gardez la sécurité comme priorité
  4. Respectez la nature profonde du cheval
  5. Comprenez les capacités sensorielles et cognitives du cheval
  6. Favorisez les émotions positives
  7. Utilisez correctement les méthodes de désensibilisation
  8. Utilisez correctement le conditionnement opérant
  9. Utilisez correctement le conditionnement classique
  10. Apprenez à façonner les comportements
  11. Clarifiez vos codes
  12. Développez l’auto-portée de votre cheval
  13. Pour un équitation (éthologique, ou pas) scientifique

1. Pourquoi ces grands principes ?

Partout, absolument partout… On retrouve des chartes, des formules, des méthodes avec une dizaine de points à suivre. En quoi ceux-ci sont différents ? Quel est donc l’intérêt de surcharger votre esprit avec une formule de plus ?

Déjà, le premier intérêt des dix principes de l’ISES est qu’ils sont basés sur une démarche résolument scientifique. Ces 10 principes académiques ont été créés suite à la collaboration de scientifiques spécialisés dans l’équin. Des années de recherche, mettant en parallèle les apports classiques, éthologiques, les réussites et les erreurs ont permis d’aboutir à ces dix lignes de conduite.

Cette charte a pour ambition d’être utilisée dans la gestion ainsi que l’entraînement des chevaux. Elle concerne aussi bien les interactions entre chevaux, que de chevaux à humains. La force de cette charte, et de sa création, réside dans le fait que ce sont des centaines de collaborateurs à travers le monde entier qui en sont à l’origine. Sa fondation s’inscrit dans une démarche profondément scientifique et c’est ça, qui, à mon sens, en fait une vraie force.

cheval arabe travail au sol

En outre, ils sont souvent compatibles ou bien se recoupent avec la plupart des grandes méthodes dites “éthologiques”, avec un ajout par-ci et une clarification par-là qui permettent d’évoluer et d’aller encore plus loin dans votre technique et vos connaissances.

2. Comprendre l’ISES et ses travaux

Souvent peu connue du grand public, l’ISES est pourtant l’une des organisations les plus importantes en matière de sciences équines orientées vers l’équitation, à travers l’Europe et le monde. Son nom complet est International Society for Equitation Science, autrement traduisible ainsi : la Société Internationale des Sciences de l’Equitation.

Son ambition est de promouvoir une équitation basée sur des preuves scientifiques, utilisant des méthodologies quantitatives et valides, qui favorisent le bien-être du cheval et écartent les techniques causant de la souffrance. L’aspect transversal de l’ISES est sa force. En se basant largement sur les théories d’apprentissage, elle a pour ambition de retirer l’émotionnel humain et sa tendance à l’anthropomorphisme de l’équation.

poney bai en dressage

Sa figure la plus connue reste Andrew McLean, auteur de nombreux ouvrages et qui a même développé sa propre méthodologie.

Allez, maintenant : place aux principes !

3. Principe 1 : Prise en considération de la sécurité des humains et des chevaux

Ce premier principe vise à souligner la nature profonde des chevaux.

Ce sont des animaux de proie, avec un instinct de fuite très puissant, et qui ont énormément de force. Travailler ou côtoyer les chevaux implique une bonne compréhension des réflexes type “F3” : Freeze, Fight or Flight. Autrement dit, lorsque la peur surgit – et chez les animaux de proie, Dieu sait combien un pauvre sac plastique peut suffire amplement à en terrifier plus d’un -, trois réflexes peuvent surgir. Le gel (freeze), l’agression (fight), ou la fuite (flight). D’ailleurs, les chevaux ne sont pas les seuls animaux dotés du F3… Vous en êtes doté également !

jument irish cob galope dans une carrière

L’autre nouvelle, c’est que chaque tempérament propre détermine vers lequel des trois réflexes l’individu ira plus facilement. Certains chevaux auront pour réflexe de se figer et de se geler, d’autres de fuir, certains (mais c’est plus rare) de répondre par l’agressivité (coup de pied, morsure, autre).

Ce premier principe s’attelle donc à encourager les cavaliers et entraîneurs à favoriser des approches qui diminuent le risque d’accident et de douleur autant chez le cheval que chez l’humain. Il accorde également une grande attention à bien accorder le bon cheval au bon cavalier. Par exemple, éviter des jeunes chevaux sans expérience avec un cavalier également sans expérience, faire correspondre les caractères pour que l’entente soit cordiale et que les expériences ensemble soient positives.

4. Principe 2 : Respect de la nature du cheval

Ici, c’est simple : pour avoir et entraîner un cheval, il est impératif de respecter ses besoins fondamentaux. On parle donc de fournir du fourrage en quantité, une liberté de circulation et une vie en groupe. Une adaptation de ce principe serait de permettre au cheval de sortir avec des congénères au minimum quotidiennement et ce, plusieurs heures par jour. Le respect de sa nature profondément grégaire est particulièrement oubliée dans notre monde équestre. Pourtant, si l’on prête attention à ce que notre cheval ait des interactions sociales aussi fréquentes que possible, en liberté, on développe automatiquement son bien-être, sa capacité de concentration, de réguler son énergie, ses facultés d’apprentissage… En bref, on améliore notre cheval.

élèves en groupe travaillant en liberté

Ce principe s’attarde aussi sur la compréhension profonde que leur nature d’animal de proie peut leur faire craindre nos mouvements, et qu’il faut donc laisser tomber l’envie de les “dominer” et donc d’utiliser la peur comme arme.

5. Principe 3 : Respect des capacités sensorielles et cognitives du cheval

En équitation éthologique, le paradigme est le suivant : on entraîne le cheval en se basant sur une véritable compréhension de ce qu’il est. Théoriquement, c’est comme ça dans toute bonne équitation qui se respecte. D’ailleurs, j’en profite pour ajouter que c’est également le même principe en pédagogie ou bien en psychologie humaine. La communication, ça marche globalement mieux lorsqu’on cherche à comprendre à qui l’on s’adresse, comment cet individu réfléchit, pense, explore son environnement.

Ainsi, le principe 3 souligne l’importance de respecter les capacités mentales du cheval. Autrement dit, ne pas lui attribuer des fonctionnements qu’il n’est pas capable de donner : par exemple, le classique “il fait exprès pour m’emmer***”. Ou bien, “il fait semblant d’avoir peur”. Ou bien, “il fait ça pour se venger”. Le cheval n’est pas cognitivement capable de faire semblant.

cheval alezan en cordelette au pas

Toutefois, cela implique également l’inverse ! Si surestimer le cheval est une erreur, le sous-estimer en est une aussi. En effet, le cheval est capable de comprendre beaucoup, et d’apprendre énormément… Si tant est qu’on se renseigne sur comment faire pour parler sa langue.

Enfin, dans toute équitation, éthologique ou pas, il est primordial de comprendre que les capacités sensorielles du cheval sont très très différentes de celles des humains. Sa façon de voir les couleurs, son champ de vision, sa perception tactile, sa façon de capter les odeurs, les mouvements… Chaque cavalier se doit d’apprendre comment les cinq sens de son animal fonctionnent.

6. Principe 4 : Prise en considération des états émotionnels

Je ne suis pas sûre qu’il faille le redire, pourtant, il faut parfois répéter que les chevaux sont des animaux sensibles, capables de souffrir. Ce quatrième principe a pour objectif d’inviter chaque cavalier à favoriser les états émotionnels positifs, ainsi qu’à bien intégrer la notion de régularité et de constance. Un entraînement ainsi qu’un apprentissage suivant une ligne constante aide le cheval à bien accueillir l’apprentissage positivement.

7. Principe 5 : Usage correct des méthodes de désensibilisation

Nous n’allons pas entrer dans un cours sur les méthodes d’habituation ou de désensibilisation. Ce principe met en lumière que le processus de désensibilisation doit être effectué dans le sens du cheval. Autrement dit, pas d’immersion (flooding)… Mais un véritable respect du seuil de tolérance et un bon usage du contre-conditionnement. En équitation classique ou bien en équitation éthologique, ce principe est parfois mal appliqué.

cheval bai travail au sol

Petit instant vocabulaire :

  • l’immersion, ou le flooding : on va dire que votre cheval a peur du spray. Si l’on décide de mal s’y prendre, on va le forcer à subir le vaporisateur sur le corps malgré qu’il saute en l’air et stresse très fort. Vous allez le tenir et le suivre en le forçant à subir ça, peut-être même longtemps, puis votre cheval va finir par s’arrêter (ou pas). Là, il sera (peut-être) passé en résignation acquise, ce qui signifie (grosso modo) qu’il a appris que fuir ne servait à rien et que manifester son angoisse non plus. Il a toujours peur du spray. Simplement, désormais, il risque de vriller entre vos doigts sans prévenir, puisqu’il vient d’apprendre que manifester son mal-être n’est d’aucune utilité. Je vais vite, mais vous voyez l’idée.
  • seuil de tolérance : votre cheval a donc peur du spray. Disons que lorsque vous vaporisez à 5 mètres, il ne montre aucune réaction. Lorsque vous vaporisez sur lui, il saute en l’air mort de trouille. Lorsque vous vaporisez à 1 mètre de lui, il ne bouge pas mais se fige et observe d’une oreille inquiète le spray faire son travail démoniaque. Vous avez trouvé votre zone orange, votre seuil de tolérance. Vous allez donc beaucoup vaporiser, arrêter, vaporiser, arrêter, jusqu’au moment où le cheval finit par constater que le déclenchement du spray ne crée finalement pas de danger. Progressivement, le seuil de tolérance va baisser, baisser… Jusqu’à pouvoir vaporiser son corps dans la détente et le calme.
  • contre-conditionnement : avant, votre cheval avait vachement peur du spray. Mais maintenant, dès que vous vaporisez, vous lui donnez à manger. Un coup de spray = une friandise très appétente. Au fur et à mesure, il apprend que le vaporisateur = carotte très séduisante = moment plaisant. Vous avez “contre-conditionné” votre cheval.
cheval gris observe pont du van

8. Principe 6 : Usage correct du conditionnement opérant

Ici, l’idée c’est de bien comprendre que les chevaux répètent ou stoppent des comportements en fonction des conséquences qu’ils causent. Il faudra donc bien retirer les pressions dès qu’un bon comportement survient, et donc minimiser au maximum les délais des renforcements (positif : donner la friandise immédiatement ou utiliser un marqueur, négatif : retirer dès que le cheval a l’idée du comportement désiré, travailler son timing). Le timing est une notion dont on parle beaucoup en équitation éthologique.
On va plutôt combiner les renforcements, et éviter soigneusement la punition.

9. Principe 7 : Usage correct du conditionnement classique

Si vous ne comprenez rien aux conditionnements, je vous invite à lire cet article. En effet, les chevaux forment des associations entre différents stimuli (je reviens à l’exemple du spray qui devient annonciateur de nourriture, par exemple). Il faudra donc prêter une grande attention à l’utilisation systématique d’un code / d’un signal léger et discret (phase 1), avant d’entrer dans une séquence de confort / inconfort.

cavalière caressant son cheval arabe

10. Principe 8 : Usage correct du façonnement

Façonnement, une traduction moche du mot “shaping”. Cela consiste à décomposer l’apprentissage en de multiples petites étapes hyper faciles et presque évidentes pour rendre l’apprentissage direct. En gros, tout est facile, tout est simple, et c’est quand même tout aussi agréable pour le cheval que pour le cavalier, n’est-ce pas ? Toute bonne équitation, éthologique ou pas, progresse selon ce genre d’approche.
Le shaping implique également qu’on ne change qu’un seul paramètre à la fois (l’environnement, le signal, ou l’entraîneur).

11. Principe 9 : Usage correct des signaux ou codes

On en parle sur la plateforme, aussi bien dans le programme avec Ludovic Fournet que le programme Horsemanship Basics. Il faut faire très attention à l’exclusivité des signaux, les rendre facile à distinguer pour le cheval. Ne mélangez pas vos codes, et rendez-les très lisibles individuellement pour que votre cheval comprenne de quoi il s’agit.
On va également faire attention à ce qu’un seul signal ne donne qu’une seule réponse. Enfin, on sera soigneux sur le fait de bien utiliser 1 code à la fois.

12. Principe 10 : Prise en considération de l’auto-portée

L’objectif est d’entraîner le cheval à maintenir seul allure, rythme, direction, amplitude et posture générale. On évite de forcer une posture ou bien de la maintenir de façon forcée. Typiquement, il s’agirait de tenir le cheval dans les rênes, ou de tenir le cheval dans les jambes. Autrement dit : vous n’êtes pas sa béquille, mais pour cela, il faut lui apprendre comment faire.

poney bai au contact au trot

Dans nos programme Dressage Basics, ainsi que La Leçon de Dressage de Pierre Beaupère, et notre programme à venir sur la Biomécanique, vous verrez qu’on ne force pas les chevaux dans une attitude… On les guide et les oriente, puis on les laisse se gérer seuls dans ce cadre.

13. Pour une équitation (éthologique ou pas) scientifique

Vous avez tenu jusqu’ici… Bravo !

Pour conclure, j’aimerais porter votre attention sur la force de la démarche scientifique dans la pratique équestre. Même si, bien entendu, la science elle-même n’est pas toute puissante, elle permet tout de même dans une grande majorité de cas de se détacher des biais cognitifs dont les humains sont remplis.

Bien sûr, toute démarche scientifique n’est pas égale, et on trouve des études plus ou moins rigoureuses et fiables. C’est pour cela qu’il est d’utilité notoire que chaque individu prenne le temps de comprendre la méthodologie scientifique, d’apprendre à dicerner une étude biaisée d’une étude porteuse de changements, afin de toujours tendre vers une plus grande objectivité. A ce sujet, notre collègue Laetitia Ruzzene a rédigé un superbe article pour vous aider à bien lire une publication scientifique. Enfin, j’aimerais aussi souligner que quelle que soit votre pratique, équitation éthologique ou autre, les mêmes fondations sont valables… Un cheval est un cheval, quelle que soit votre discipline ou votre approche.

jument irish en liberté

Sources :

Laisser un commentaire