Changer notre rapport à l’équitation

Dans cet article, Thomas Stempffer, cavalier professionnel et entraîneur nous livre sa philosophie de cavalier et d’homme de cheval, qu’il s’efforce d’appliquer au quotidien et de transmettre à ses élèves. Pour lui, une remise en question de notre vision de l’équitation et de notre rapport au cheval est nécessaire dans un monde où le bien-être animal et le respect des autres espèces s’imposent comme une norme.

Vers une équitation plus moderne ?

Pour trouver une solution durable à tout problème, il est toujours nécessaire de remonter aux origines de ce problème. L’équitation n’échappe pas à la règle.

À la question : comment s’assurer que l’équitation reste un sport autorisé malgré les interventions de plus en plus nombreuses des antispécistes ? J’ai une réponse : il faut changer notre vision historique du rapport au cheval, n’en déplaise à mes instructeurs chéris du Cadre Noir de Saumur.

Si l’équitation de tradition française reste pour moi la base de tout, il va sans dire que l’analyse cognitive et comportementale des anciens doit être retrouvée et transmise plus simplement.

Pourtant, leurs préceptes, leurs moyens d’action et de communication avec les chevaux ont été déclinés dans tous les galops et enseignés à travers le monde. On les voit même aujourd’hui refaire surface au plus haut niveau mondial. Cette belle et subtile équitation pratiquée entre autres en dressage par Charlotte Dujardin et Helen Langhenanenberg, ou en jumping par Alberto Zorzi ou Steve Guerdat, ont une chose en commun : l’autonomie laissée au cheval, dans la plus grande humilité.

Ils apportent aussi la preuve que ce grand respect et cette connaissance de l’animal sont des ingrédients majeurs de la réussite sportive.

Le respect du cheval avant tout

Pourquoi alors assiste-t-on à une dégringolade générale du niveau équestre depuis le début des années 2000? À mon sens parce que nous, professionnels du cheval, avons pris pour acquis cet amour, ce savoir et ce respect de l’animal, et l’avons transposé par défaut chez nos clients.

Nous n’avons pas su l’enseigner et le vendre à grande échelle lorsque l’équitation a commencé à devenir un sport de consommation. C’est totalement paradoxal car je vois au quotidien des clients de tous âges qui ne demandent que ça.

Respecter un cheval, c’est comme respecter un homme ou une femme. Cela passe par l’acceptation de ce qu’il est et de sa nature profonde. Un cheval n’est ni un ami, ni un objet à soumettre, ni un outil destiné à faire plaisir. C’est seulement un cheval. Il a des qualités, des défauts, il évoluera pour devenir une meilleure version de lui-même, mais il ne changera pas pour un jour coller à ce qu’on voudrait qu’il soit. Aujourd’hui il me semble essentiel que chaque pratiquant et chaque détenteur d’équidé revienne à cette vision et à cette acceptation de base.

Baucher disait « remplacer les forces instinctives du cheval par les forces transmises. » En d’autres termes, il visait à ne générer de mouvement chez le cheval que sur demande ou permission du cavalier. Pour faire de la pratique équestre l’école universelle de la vie qu’elle devrait être, je crois que cette vision doit elle aussi évoluer. Même si la codification des moyens de communication avec l’animal par les grands maîtres est indémodable, leur point de vue très militaire sur la relation homme/cheval est devenu archaïque pour imaginer encore l’appliquer de nos jours.

Le grand public doit comprendre à tout prix que c’est la rigueur que le cavalier s’impose à lui-même qui définit les réactions du cheval face aux demandes. Pour réussir, il faut rechercher et acquérir la maîtrise de soi comme dans un art martial, et non le contrôle de l’autre. Cette nuance est primordiale à mes yeux car elle détermine l’ensemble des actions de l’homme envers le cheval.

Laisser le cheval s’exprimer

Ma vision et mon enseignement visent à partager un moment de jeu, qu’elle que soit l’activité pratiquée. Cela passe en priorité par la recherche de la sensation juste pour être en mesure de la retrouver sur commande. Selon moi, le travail du cavalier ne consiste qu’à définir le cadre dans lequel le cheval pourra évoluer avec le plus de facilité et de naturel, que ce soit au piaffer ou à l’obstacle.

Je crois qu’il est très prétentieux de s’ imaginer en mesure de contrôler ou d’améliorer un cheval quand on sait qu’ils ne sautent jamais aussi bien qu’en liberté, et que leur passage n’est jamais aussi expressif que dans un pré. Tout ce que nous pouvons faire avec eux est communiquer.

Même si cela peut sembler utopiste, les meilleurs cavaliers du monde sont ceux qui arrivent à rendre aux chevaux leur état naturel, montés. Ils savent se focaliser durablement sur leurs qualités, et aident les chevaux à les renforcer. Je suis pour une équitation simple, sans égo, dans laquelle la priorité est de se fondre au mouvement naturel du cheval avant d’intervenir.

En pratique au quotidien pour partager cette vision il y trois règles d’or qui sont extrêmement faciles à appliquer :

  • La première est de se souvenir chaque jour que nous sommes là parce qu’on aime les chevaux.
  • La deuxième avant de monter est de se demander comment on se sent. Bien ? Parfait, montez à cheval. Vous êtes tendu ou fatigué ? Diminuez vos objectifs de séance en fonction. Si vous n’êtes pas au meilleur de votre forme, le cheval ne pourra pas l’être non plus.
  • La troisième en se mettant à cheval. Elle consiste à prendre trois grandes respirations en se concentrant uniquement sur notre corps, sur ce qu’il peut ressentir comme points de contact avec le cheval. Cette dernière règle permet de ne pas tomber dans le piège de l’intellect qui voudrait toujours reproduire les schémas connus ou vus. Il faut au contraire réussir à partager l’instant présent avec le cheval. Lui, il ne connaît que ça.

D’expérience, 95% des amateurs que je croise en compétition ont pour principal défaut de vouloir modeler leurs chevaux alors qu’il faut simplement leur laisser la liberté de s’exprimer dans le cadre qu’on leur propose. Ce cadre est différent en fonction des jours, des objectifs et des exercices. C’est précisément la définition de ce cadre fluctuant dans la douceur, l’intelligence et la précision qui est difficile à établir. Seule l’expérience permet de l’intégrer.

Je ne veux pas changer l’équitation, je veux transformer la vision que les gens ont de l’équitation. J’aspire à changer la vie de mes cavaliers parce que c’est en pensant différemment qu’ils deviendront meilleurs. Tout ce qu’ils apprennent à cheval pourra par la suite leur servir dans la vie.

Retrouvez Thomas sur la plateforme dans notre programme Sauter, Naturellement.

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