Cheval en surpoids : et si mon cheval était trop gros ?

Je me permets d’introduire ce doux article sur le cheval en surpoids rédigé par Angélique Descarpentry sur une petite note à l’attention de tout propriétaire de cheval. Vous ne le savez peut-être pas, vous ne vous en rendez probablement même plus compte… Pourtant, il est très probable que votre cheval soit trop gros. Malheureusement, je ne connais personne en France ayant effectué des statistiques sur le rapport entre le nombre de chevaux comparé au nombre de chevaux obèses. Toutefois, si l’on demande aux vétérinaires, aux maréchaux, aux podologues, aux ostéopathes, aux nutritionnistes s’ils voient souvent des chevaux en surpoids, il semblerait que la réponse soit unanime. Oui, oui, et trop souvent, même. Cependant, être alarmiste n’est d’aucune utilité. C’est pourquoi Angélique vous a concocté ce papier, ayant un objectif double :

  • reconnaître un surpoids, méthodiquement
  • différencier un ballonnement d’un surpoids (une problématique également très fréquente)

Sur ce, je vous souhaite une très bonne lecture.

Nos conseils sur le sujet

  1. Cheval en surpoids : savoir le reconnaître
  2. L’état corporel optimal : c’est quoi ?
  3. Quelles sont les causes de l’obésité ?
  4. Quelles solutions pour un cheval en surpoids ?
  5. Abdomen ballonné : à quoi ça ressemble et quoi faire ?

1. Cheval en surpoids : savoir le reconnaître

Le surpoids et l’obésité sont deux problématiques de plus en plus répandues et pourtant assez mal identifiées par le monde équestre. Nous avons très souvent tendance à voir notre cheval plus maigre qu’il ne l’est vraiment. Notre œil s’est habitué à voir des chevaux en surpoids et a pris cela comme une norme. Pourtant, que ce soit pour le surpoids ou l’obésité ce n’est pas sans conséquence pour le cheval. 

Ce phénomène de surpoids est un problème de plus en plus présent chez nos chevaux domestiques. En 1998, une étude menée aux Etats-Unis (Anon, 1998) indiquait qu’environ 1,5% des chevaux de ce pays étaient en surpoids ou obèses. Néanmoins, cette estimation se basait sur la perception des propriétaires. Des études plus récentes ont montré que cette part était largement sous estimée lors de l’étude de 1998. 

Gros ventre cheval gris

Chez les chevaux de loisirs une étude réalisée en Écosse en 2008 sur 319 chevaux, montrait que 35% d’entre eux étaient en surpoids et 10% étaient considérés obèses (Wyse et al, 2008). Même constat aux Etats-Unis en 2010, l’étude fait mention de 48% de chevaux en surpoids ou obèses sur une population de 366 individus (Pratt-Philipps et al, 2010). En 2012, toujours aux Etats-Unis ce sont 32% des chevaux qui étaient notés en surpoids et 18,7% obèses (Thatcher et al, 2012). 

Ce décalage entre la perception des propriétaires (étude de 1998) et la vision « standardisée » (sur les autres études) par rapport à une grille de notation est important et a également été évalué. Moins de 50% des détenteurs d’équidés étaient conscient du problème de surpoids de leurs chevaux (Wyse et al, 2008, Stephenson et al, 2011).

2. L’état corporel optimal : c’est quoi ?

Les grilles de notation de l’état corporel indiquent qu’un cheval en état corporel optimal se caractérise par : 

  • Une encolure avec un chignon léger et bien dessiné
  • Un garrot arrondi qui ressort légèrement
  • Une zone plate sur l’arrière de l’épaule 
  • Des côtes qui se sentent facilement au passage de la main entre la 10ème et la 14ème côte
  • Une croupe est arrondie avec la pointe de la fesse et la tubérosité coxale qui se devinent. 

Le cheval est donc considéré en surpoids lorsque : 

  • le stockage des masses grasses au niveau du chignon se développe.
  • la zone en arrière de l’épaule s’arrondit (les fameux bourrelets qui calent les jambes une fois à cru).
  • les côtes deviennent difficilement palpables voir impalpables. 
  • du gras se dépose au niveau de l’attache de queue. 
Evaluation état corporel cheval

Pour rappel, le tableau ci-dessous présente les critères de notation pour l’état corporel. Le tableau présente les notes allant de 3/5 à 5/5. Le système de notation de l’état corporel va de 0 à 5. La note de 0 correspond à un cheval d’une extrême maigreur et 5 à un cheval présentant une obésité très préoccupante. L’intervalle optimal se situe entre 2,5/5 et 3,5/5. Un cheval présentant une note d’état corporel (NEC) supérieure à 3,5 sera considéré comme gras. Au-dessus de la note de 4/5 il sera considéré comme très gras et à partir de 4,5/5 le cheval sera considéré obèse. 

        ZoneNoteEncolureGarrotArrière épauleCôtesAttache de la queue
3Chignon légèrement bombé et bien dessiné, ligne peu apparenteRessort légèrementZone plateCôtes palpablesRelativement dégagée
4Chignon bombé, pas de ligne apparente, préhensible et relativement épaisNoyéZone légèrement bombéeCôtes non palpablesSe détache peu
5Chignon très bombé, noyé dans la masse de l’encolure, peut être tombantNoyé dans une masse graisseuse arrondieZone nettement bombée avec une importante masse de grasCôtes non palpables avec un dépôt adipeux qui peut rouler sous la mainNoyée avec un coussin adipeux

3. Quelles sont les causes de l’obésité ?

Les causes de l’obésité sont multifactorielles :

  • L’alimentation et surtout la suralimentation
  • « L’effet accumulation » au cours du temps*
  • La génétique
  • Le manque d’activité physique
  • La modification de la régulation hormonale de l’appétit et de l’équilibre énergétique 

Pour beaucoup de chevaux c’est la combinaison entre suralimentation et manque d’activité physique qui conduit au surpoids et à l’obésité. 

Cheval gris trop gros

* « L’effet accumulation » :

Dans la nature, les chevaux présentent une variation de leurs poids et de leur état corporel tout au long de l’année. Le printemps et l’été correspondent à des périodes de richesse alimentaire où les chevaux vont avoir des apports plus importants pour préparer l’hiver mais également pour les besoins de lactation, de reproduction ou de croissance. La consommation alimentaire est plus importante. À l’hiver, l’énergie stockée sous forme de gras dans les tissus, est mobilisée pour faire face à la diminution des ressources alimentaires. Sur l’ensemble de l’année, le cheval va donc voir son poids fluctuer.

Pour notre cheval domestique, le constat est généralement différent. Il est possible en premier lieu de s’interroger sur la richesse des aliments disponibles en condition domestique versus condition non domestique à la belle saison. L’humain a fait évoluer les espèces végétales et, comme cela a été mentionné précédemment, les a rendu souvent plus riche et plus productive. Il est donc probable que même en condition de grande disponibilité des ressources l’alimentation de notre cheval soit plus riche qu’en condition non domestique. 

cheval en surpoids tenu en licol

Mais le point à souligner le plus important se situe durant l’hiver. En condition domestique, dès que l’herbe vient à manquer dans les pâtures nous apportons du foin, ce qui est obligatoire ! Notre cheval n’a pas la possibilité de sortir de sa pâture pour aller chercher plus loin une autre source d’alimentation. Le cheval reçoit donc du foin, ce qui est un impératif quand l’herbe n’est plus suffisante, mais va souvent recevoir en supplément un aliment concentré pour éviter toute perte de poids. Si cela peut être salutaire pour des chevaux perdant de l’état cela ne l’est pas pour ceux qui grossissent en regardant un brin d’herbe.

En leur interdisant de perdre le moindre gramme au foin durant la période hivernale nous encourageons « l’effet accumulation ». Prenons un cheval en poids idéal avec NEC de 3/5, en décembre 2018. Ce cheval va passer son hiver en poids de forme avec du fourrage et un aliment concentré, tout va bien. Arrive le printemps de cette année (2019), ce même cheval, à l’herbe, va progressivement prendre du poids et du gras pour arriver à une note d’état corporel de 3,5/5 ce qui reste correct. À l’arrivée de l’hiver 2019/2020 il reçoit de nouveau du fourrage et un aliment concentré, son poids reste stable. Au printemps 2020, retour à l’herbe et nouvelle augmentation de poids, sa NEC passe à 4/5 et ainsi de suite durant plusieurs années.

cheval isabelle mangeant une touffe d'herbe au pré

Cette illustration schématique de ce type d’accumulation peut à terme amener des chevaux à être en situation d’obésité avec des risques augmentés de fourbures, d’arthrose ou de maladies cardio-vasculaires ou encore métaboliques. 

4. Quelles solutions pour un cheval en surpoids ?

  • Si forte obésité = bilan vétérinaire 
  • Évaluer le mode de vie et l’environnement 
  • Évaluation de l’alimentation – Diminuer les apports de calories. Diminuer les apports de glucides non structuraux. 
  • diminuer ou éliminer les grains de l’alimentation
  • évaluer la qualité du fourrage. Choisir un fourrage coupé plutôt tard dans la saison afin de diminuer les apports en glucides non structuraux
  • ne pas distribuer en excès des pommes et des carottes ou des friandises riches en glucides non structuraux
  • équilibrer les apports en acides aminés indispensables, minéraux et vitamines
  • réfléchir l’accès à la pâture : faut-il le conserver ou favoriser une nutrition à base de foin ? utiliser un panier ? Ces décisions doivent se réfléchir en fonction du surpoids que présente le poney ou le cheval ainsi qu’en fonction de ses antécédents. 
  • Pas de diète sévère – Conserver les apports de fourrage mais avec un fourrage pauvre en glucides non structuraux. Une diète sévère peut provoquer des troubles du comportement et des problématiques digestives graves. 
  • Ne pas négliger l’émotionnel du cheval 
  • Exercice physique progressif mais conséquent 🡪 objectif = sorties quasi quotidiennes 🡪 cela demande du temps. 

Attention : réduire simplement le temps de pâturage n’est pas une solution viable pour la perte de poids.

La prévention est la clé.

groupe de chevaux au pré

5. Abdomen ballonné : à quoi ça ressemble et quoi faire ?

Parfois, l’obésité est cumulée avec un ventre ballonné. Et parfois, le cheval n’est pas trop gros, mais simplement “gonflé”… Comment identifier ce phémonène et comment l’améliorer ?

On appelle également ce phénomène « ventre à foin » ou « belly hay »

Il est nécessaire de différencier le « ventre à foin » normal de l’abdomen distendu ou ballonné

Lorsque le cheval mange du fourrage, il a un ventre naturellement plus distendu qu’un cheval qui mange une faible quantité de fourrage. En effet, les fourrages prennent plus de place dans le tube digestif que les concentrés.

Lorsque le cheval mange du fourrage à volonté (herbe ou foin) on observe chez certains une distension assez marqué de l’abdomen, c’est ce qu’on va appeler un ventre à foin « problématique ».

  • Le ventre à foin est dû à un déséquilibre nutritionnel. Un foin très fibreux et pauvre en acides aminés indispensables va provoquer une distension de l’abdomen. Il faudra alors retravailler l’équilibre alimentaire afin de limiter cette problématique.
  • le manque d’exercice et de tonicité musculaire : pour avoir des abdos il faut s’entrainer 🙂

Attention : ce n’est pas que le cheval mange trop de foin. C’est qu’il mange du foin de qualité basse, avec une très forte part de fibres indigestibles (qui demande un travail de fermentation important aux bactéries du gros intestin) et un taux d’acides aminés indispensables bas, insuffisant pour couvrir ses besoins.

Foin alimentation cheval

Comment prévenir cette problématique de « ventre de foin » :

  • Une alimentation adaptée et équilibrée : utiliser un fourrage avec un taux de fibres adaptés, il sera également nécessaire de couvrir les besoins en acides aminés indispensables, en minéraux et vitamines. 
  • Un exercice régulier, progressif et adapté. Lorsqu’un cheval est en bonne forme physique, les muscles entourant le ventre et le long du dos sont bien tonifiés.

Certaines situations peuvent provoquer une distension de l’abdomen qui n’est pas uniquement due à l’alimentation et au manque d’exercice. Cela nécessitera alors un suivi vétérinaire : 

  • surparasitisme
  • déséquilibre de la flore intestinale
  • suite à une chirurgie pour colique
  • suite au poulinage
  • chez les vieux chevaux la distension de l’abdomen doit vous alerter car cela peut être le signe d’une pathologie (cushing notamment)
  • défaillance d’organe
  • pathologies digestives
  • attention aux poulains avec un gros ventre et les côtes apparentes, c’est le signe que quelque chose ne va pas (généralement parasitisme + nutrition)

Attention un cheval avec l’abdomen distendu n’est pas forcément gras ! 

Sources :

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