La chaleur et le cheval : gérer l’effort cet été

Chaque été, les cavaliers doivent adapter leur entraînement à la hausse des températures. S’il n’est pas impossible de combiner cheval et chaleur, il faut toutefois prendre des précautions et adapter votre travail pour apporter du confort à votre cheval. Cet article a été rédigé en collaboration avec Angélique Descarpentry, nutritionniste, et Pauline Michiels, vétérinaire.

Nos conseils sur le sujet :

  1. Adaptez le travail du cheval
  2. Gérez l’hydratation
  3. Surveillez les signes de déshydratation
  4. Adaptez l’alimentation
  5. quid des électrolytes ?
  6. Les chevaux fragiles

Comment gérer la chaleur pendant la saison estivale ? Puis-je toujours monter mon cheval ? Et si oui, quels sont les risques auxquels prêter attention ? On vous donne toutes les infos importantes concernant le cheval et la chaleur dans cet article. S’il vous reste des questionnements, n’hésitez pas à commenter et nous vous répondrons avec joie.

1. Dois-je travailler mon cheval en cas de chaleur ?

Attention : dans cette partie, nous adressons la question de la chaleur à l’entraînement du cheval seulement si celui-ci ne présente aucune pathologie le rendant particulièrement sensible à la hausse des températures.

Lorsqu’il fait chaud, de nombreux cavaliers se posent la question de maintenir leur séance de travail. S’il est légitime de ne pas travailler le cheval en cas de chaleurs exceptionnellement fortes, par exemple, lors d’une canicule, il est généralement possible de maintenir l’entraînement le reste de l’été. Mais attention, pour cela, quelques adaptations simples peuvent être mises en place :

  • travaillez tôt le matin ou tard le soir : tôt le matin, vous bénéficiez du rafraîchissement de la nuit. En fin de journée, en fonction de vos régions, il est possible de devoir attendre assez tard pour que les températures deviennent tolérables.
  • éviter d’entraîner sous le soleil lorsque celui-ci est particulièrement fort : autour de midi, par exemple. Un soleil particulièrement fort n’est ni bon pour vous, ni pour votre cheval. Les températures étant plus élevées, il n’est pas conseillé de soumettre le cheval à un effort prolongé, pour éviter les coups de chaleur.
  • si votre concours a lieu en pleine journée, et qu’il fait particulièrement chaud, envisagez de ne pas y participer.
  • en cas de forte chaleur, ne transportez pas votre cheval en journée, privilégiez le transport de nuit. En cas de canicule, il est même fortement déconseillé de transporter tout court.
  • si vous possédez une piste intérieure dans laquelle il fait plus frais qu’en extérieur, profitez-en un maximum.
  • si votre cheval semble moins motivé que d’habitude, faites bien attention à son niveau d’hydratation (plus d’infos ci-dessous).
  • allégez la séance de travail si votre cheval semble moins énergique et plus vite fatigué : prêtez attention à sa respiration. Vous pouvez partir sur une séance soit plus courte, soit moins intense. Faites des pauses régulières.

Gardez bien en tête que la température corporelle du cheval doit se situer entre 37,5 et 38 degrés. Pensez à prendre régulièrement la température de votre cheval en période normale, afin de situer sa normale à lui. Si vous avez le moindre doute, pensez à prendre sa température afin d’anticiper un épisode de coup de chaleur.

2. Gérez l’hydratation du cheval en cas de forte chaleur

Le cheval boit entre 40 litres et 60 litres d’eau par jour, en moyenne.
Tout d’abord, nous allons voir comme s’y prendre pour vérifier le niveau d’hydratation de votre cheval :

  • pincer la peau : pincez la peau au niveau de l’encolure de votre cheval. Le pli doit se défaire instantanément. S’il met du temps à se défaire, voire s’il ne se défait pas, il est grand temps d’appeler le vétérinaire, la déshydratation est forte et le cheval doit être examiné.
  • les muqueuses doivent être humides, et pas collantes.
  • les crottins doivent être un peu humides, bien formés.

Pour vous assurer que votre cheval reste bien hydraté, il existe plusieurs solutions.

  • maintenir une eau propre et sans odeur : cela paraît évident, mais pourtant il suffit parfois de peu pour que les chevaux refusent de boire. Vérifiez bien que l’abreuvoir est dégagé de paille, de saleté ou d’odeur.
  • mettre du gros sel dans sa ration : cela encourage le cheval à s’hydrater
  • mélanger du jus de pomme à l’eau : en donnant un goût et une odeur agréable à l’eau, le jus de pomme encourage le cheval à boire encore plus d’eau.
  • mettre des quartiers de pomme dans l’eau : en essayant de récupérer les quartiers de pomme flottants, le cheval est encouragé à s’hydrater.
  • vérifier que le cheval mange essentiellement du fourrage en quantités importantes : l’herbe est riche en eau, tandis que la mastication du foin encourage la salivation et le cheval à boire de l’eau.

Après une séance, vérifiez que votre cheval boit normalement. Attention à ce qu’il ne boive pas d’énormes quantités d’eau d’un coup, cela pourrait déclencher des coliques.

3. Les signes de déshydratation

Nous l’avons vu en partie 2, vous pouvez vérifier le niveau d’hydratation du cheval par le pli de peau sur l’encolure et par l’humidité des muqueuses. Si le pli met du temps à se défaire, ou que les muqueuses ne sont pas assez humides, ou que les crottins semblent très secs, il est peut-être temps d’encourager le cheval à s’hydrater avec les conseils de la partie précédente.

Si vous avez des doutes, pensez à prendre la température du cheval : entre 37,5 et 38,5 degrés environ. Si celle-ci dépasse, il est temps de mettre des choses en place pour anticiper ou atténuer un éventuel coup de chaleur.

C’est quoi, un coup de chaleur ?

En d’autres mots, c’est une hyperthermie. La thermorégulation ne se fait plus car il y a un dérèglement entre l’entrée et la sortie de chaleur. La thermogénèse est plus importante que la thermolyse, et donc le cheval ne gère plus très bien. En plus, avec la vasodilatation périphérique, le sang va donc dans les extrémités, par exemple la peau afin d’évacuer chaleur. Le problème, en cas de coup de chaleur, c’est qu’il existe le risque que les organes vitaux soient moins bien vascularisés“, explique Pauline Michiels. “Cela amène donc un lot de complications potentielles, comme les coliques, l’augmentation de soucis respiratoires, voire même une syncope quand le cerveau est deshydraté.”

Si votre cheval est en hyperthermie, voici les gestes à effectuer en attendant le vétérinaire :

  • doucher partout, mais attention, petit à petit !
  • Commencer doucement, en mouillant zone par zone et en laissant au cheval le temps de s’habituer.
  • Pensez à utiliser le couteau de chaleur pour éviter que l’eau chauffe en s’évaporant : mouillez, puis raclez l’eau, mouillez de nouveau, raclez de nouveau, etc.
  • Placez le cheval dans un environnement humide frais.
  • Si vous n’avez pas de douche, placez sur le cheval des tissus mouillés froids.
  • Proposez au cheval de boire.
  • Plus d’infos sur le coup de chaleur ici.

Attention également à intégrer le fait qu’une forte déshydratation altère la sudation (plus d’infos dans cet article), “ce qui va entraîner un abaissement de la thermorégulation et donc augmenter les risques d’hyperthermie,” rajoute Angélique Descarpentry.

4. Adapter l’alimentation du cheval en cas de chaleur

Si l’apport en minéraux et en fibres doit être une constante toute l’année, ces éléments deviennent cruciaux en cas de forte chaleur. Bien évidemment, si le suivi alimentaire a été bon dans les périodes précédentes, vous aurez armé votre cheval avec un métabolisme mieux capable de gérer des hausses fortes de températures.

Si votre cheval semble boire peu, n’hésitez pas à mouiller tout ce que vous lui donnez à manger ! Trempez son foin, mouillez sa ration… Ca sera non seulement une opportunité d’apporter un peu d’hydratation, mais cela facilitera l’ingestion du bol alimentaire. Pour le fourrage, l’hydrater permet de prévenir les soucis respiratoires, et si vous le laissez tremper longtemps, cela a un réel avantage minceur pour les chevaux en surpoids (mais ça, on en parlera dans un prochain article).

Attention à ne jamais donner d’eau gelée ou trop froide qui pourrait causer des soucis digestifs. Attention également à ne pas mettre l’eau dans des contenant en plastique qui risque de chauffer l’eau – et souvent, une eau chaude n’est pas trop appréciée par les chevaux.

Angélique Descarpentry alerte également sur les pâtures où l’herbe est grillée : “Lorsque les pâtures ont grillé avec le soleil, il faut faire attention à rajouter du foin pour éviter un stress métabolique chez le cheval qui n’a plus d’apport réel. En plus, cela dégrade durablement les pâtures…“.

Notre nutritionniste rajoute “il faut déjà qu’en conditions normales, le cheval ait tout ce qu’il faut en sel, chlore, et potassium ; ainsi que calcium et magnésium qui ont leur importance en cas de chaleur (par la sueur; el cheval en perd beaucoup). Le cheval a une sueur qu’on appelle hyperionique : il perd beaucoup d’ions lors de la sudation.” Angélique souligne donc l’importance d’un suivi toute l’année et pas uniquement lors de températures fortes. “Forcément, cela a plein d’impact sur le métabolisme général et sur la performance sportive. Généralement, chez un cheval au foin à volonté, le calcium et le potassium ça reste correct. Mais souvent, chlore et sodium cela manque. La pierre à sel peut-être une option intéressante : mais attention, certains chevaux ne vont pas spontanément la consommer même quand ils sont en carence. On peut rajouter du sel dans la ration.”

Lorsqu’il fait chaud, et qu’on va travailler le cheval, il faut agumenter les apports en :

  • chlore
  • sodium
  • potassium

C’est ce qu’on appelle les électrolytes. Le potassium est un peu à part : un fourrage est souvent riche en potassium. La carence est plus rare.

5. Quid des électrolytes ?

Comment employer les électrolytes ?

Attention à ne pas en abuser : on peut rencontrer d’autres problématiques en utilisant mal les électrolytes. Par exemple, explique Angélique, “on augmente la déshydratation si l’on fournit les électrolytes systématiquement. Le cheval va uniquement boire les électrolytes et ne pas boire d’eau.

La review du blog D’un Cheval L’autre sur les électrolytes naturelles. Chia de Gracia.

Les électrolytes ça ne doit jamais remplacer l’eau. D’autant plus que si le cheval est déshydraté, au niveau du système nerveux, cela n’envoie pas l’information de soif. Donc il faut s’assurer de faire boire le cheval avant de fournir les électrolytes, elles doivent être coupées avec de l’eau, ne pas les donner seules.”

Comme vu dans la partie précédente, il faut d’abord s’assurer que les besoins en sodium, chlore, et potassium soient couverts, et n’ajouter les électrolytes que si l’on a une sudation ou un effort plus important que d’habitude.

La plupart des chevaux ont plus de mal à boire de l’eau à laquelle ils ne sont pas habitués,” explique Angélique. “Une bonne astuce en extérieur, en concours ou autre, consiste à emmener de l’eau de votre écurie, pour éviter un souci en cas de refus de boire.”

Electrolytes de chez Fouganza, 13,00 €.

Pour les électrolytes, pensez donc :

  • priorité à l’hydratation à l’eau d’abord et avant tout
  • s’assurer que les besoins sont déjà couverts par l’alimentation de base
  • utilisez les électrolytes seulement en cas d’effort important (concours ou sudation excessive à cause d’une forte chaleur)

En d’autres mots, les électrolytes ne sont pas à prendre à la légère et doivent être utilisées en conscience et avec parcimonie.

6. Les chevaux fragiles en cas de chaleur

Si votre cheval est âgé, il est plus sensible que les autres à la chaleur. Prêtez donc une attention particulière au maintien de son hydratation, et limitez autant que possible les grosses dépenses énergétiques pendant les pics de chaleur. Si votre cheval est atteint d’hirsutisme, par exemple s’il a le syndrome de Cushing, pensez à le tondre régulièrement pour limiter la chaleur. Chez les chevaux âgés, le collagène étant plus destructuré, la technique du pli de peau peut fausser l’analyse : ils sont plus sujets à la déshydratation et il faudra donc être particulièrement précautionneux avec ces chevaux-là.

Les chevaux plus jeunes sont également dans la population plus fragile : une grande partie de leur métabolisme est occupée à entretenir la croissance. “L’énergie est consacrée à la croissance, et donc cela peut engendrer un stress métabolique important“, explique Pauline Michiels. De la même façon, les juments gestantes sont occupées à faire grandir leur petit, et auront plus de difficultés à gérer la chaleur.

Les chevaux en surpoids, donc gras, sont également à surveiler de près : le gras agit en tant qu’isolant. Lorsque la température extérieure monte de façon stable, “la chaleur entre dans le cheval et a du mal à s’évacuer“, souligne Pauline Michiels. “Les glandes sudoripares fonctionnent moins bien car elles sont écrasées, les chevaux en surpoids suent plus. Les chevaux sont à la base des athlètes, ils ont un métabolisme très efficace, et ils sont parfaitement fabriqués pour se thermoréguler. Lorsqu’il y a accumulation de gras, on dérègle cette thermorégulation.”

Les chevaux souffrant de problèmes respiratoires auront plus de mal à évacuer la chaleur également. Les chevaux ayant des problèmes vasculaires seront sujets aux engorgements, doucher régulièrement les membres avec une forte pression est fortement recommandé.

Sources :

  • le savoir ultime du docteur Pauline Michiels
  • le savoir ultime de la nutritionniste Angélique Descarpentry
  • Equipaedia : https://bit.ly/2CeqXwX / https://bit.ly/38ZuATA

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