Le cheval dominant : gérer les caractères affirmés

La dominance… Aaaah, un sujet malmené malgré lui ! En effet, les professionnels entendent souvent que le cheval de leur client est “dominant“… Ou bien qu’il “veut me dominer”, ou bien encore qu’il est “très dominant de caractère”. Si l’intention derrière ce message est facilement compréhensible (le cheval doit être sûrement envahissant, manquer de limites claires, et avoir un caractère plutôt affirmé), le mot “dominant” est finalement assez mal choisi.

En dehors de cela, les chevaux très affirmés et envahissants demandent un peu de rigueur et de courage de la part de leurs propriétaires. On vous explique tout dans cet article.

Nos conseils sur le sujet :

  1. la dominance et le cheval : un faux mythe
  2. prédateur versus proie : et si c’était plus complexe ?
  3. pourquoi mon cheval semble “dominant” ?
  4. comment améliorer la situation ?
  5. les limites : pour une relation saine
  6. Le leadership : c’est quoi ?
  7. Soyez intéressant et fun !

1. Le cheval dominant : un faux mythe

Si j’en ai déjà parlé sur mon blog dans cet article, je me permets un rappel ici.

Il n’a pas été prouvé que la dominance inter-espèce existe. Je répète : personne n’a démontré l’existence de la dominance inter-espèce. En d’autres mots : d’une espèce à l’autre (soit, par exemple, entre un cheval, et un humain), il n’existe pas de compétition face aux ressources primaires.

Quoi ? Comment ça…?

Eh oui ! La dominance, par définition, n’est pas un trait de caractère. Les chevaux ne naissent pas “dominants”, obsédés par la volonté de “dominer” quoique ce soit. La dominance, elle est complètement relative à la nature du groupe et des individus.

Cheval irish cob regardant au loin

Je clarifie : la définition de la dominance, c’est la compétition, au sein d’une même espèce, pour des ressources primaires vitales. C’est quoi, une ressource primaire vitale ?

  • la nourriture
  • un abri
  • de l’eau
  • un espace de repos, peut-être

Bref, en gros : votre cheval et vous n’êtes pas en compétition pour accéder au râtelier de foin, vous n’êtes pas en compétition pour dormir tête bêche sous le best arbre de la prairie, vous n’êtes pas en compétition pour boire le plus longtemps possible à l’abreuvoir… Donc, par définition, il n’existe pas d’histoire de dominance et de dominé entre vous, et votre cheval.

cheval qui broute

En outre, si certains chevaux semblent naturellement plus affirmés et “caractériels” que d’autres… Il suffit que la dynamique du groupe change, qu’un nouveau cheval soit intégré, et un individu autrefois extrêmement dominant peut se retrouver en bas de l’échelle. En gros : la dominance, ça n’est pas un trait fixe et cela varie.

Donc si cela vous brûle les lèvres de dire “mon cheval est dominant”, je suis désolée, mais ça n’est pas le bon mot.

2. Prédateur versus proie : je dois dominer mon cheval ?

Un autre mythe, que l’on aborde rapidement dans cette leçon du programme Horsemanship Basics, consiste à dire que vous êtes le prédateur de votre cheval. Il faudrait pour cela que votre cheval ait naturellement peur de vous et de vos gestes.

S’il n’est pas entièrement faux de dire qu’à la base, les humains sont plutôt team chasseurs-cueilleurs, et les chevaux plutôt team herbivores des plaines, il est cependant malvenu d’affirmer que le cheval considère d’emblée tout humain comme son prédateur.

Souvent, ces théories (qui sont un peu datées désormais) génèrent une méthode qui donne l’idée aux cavaliers qu’ils doivent “dominer” leur cheval, et que celui-ci doit être “soumis”.

cheval bai travail au sol

Pour déconstruire ce mythe, prenons les exemples suivants :

  • votre cheval a-t-il déjà eu peur d’une feuille plus grosse ou plus verte que les autres ? Moi oui.
  • votre cheval a-t-il déjà eu peur d’un parapluie ? Moi oui.
  • votre cheval a-t-il déjà eu peur d’une bâche ? Moi oui.
  • votre cheval a-t-il déjà eu peur du spray ? Moi oui.

Autrement dit, ça n’est pas parce qu’un cheval est inquiété par les faits et gestes d’un humain, que c’est parce qu’il le considère comme son prédateur. La nature profonde du cheval, c’est bien celle de l’animal de proie. Tout changement, toute anomalie dans son environnement habituel, à chaque instant, peut être le signe d’un danger potentiel (prédateur, ou autre).

Ainsi, si votre cheval est né auprès d’humains, qu’il a été nourri par eux depuis sa naissance, l’humain n’est absolument pas une anomalie dans son environnement et jamais il n’en a peur. Cependant, ce même cheval peut-être mort de trouille le jour où l’humain lui sort une tondeuse. Est-ce que le cheval considère la tondeuse comme un prédateur ? On ne saura jamais. En tout cas, il considère ça comme potentiellement dangereux.

En bref, la peur ou l’inquiétude d’un cheval dépend d’éléments anormaux, surprenants, changeants, inhabituels, et surtout qui manquent de lisibilité. Plus vous cachez quelque chose, plus vous êtes “sournois”, plus le cheval sent l’anomalie et préfère la fuir.

3. Alors, pourquoi mon cheval semble dominant ?

Votre cheval, malgré tout, eh bien il n’est pas comme tous les autres ! Vous sentez qu’il a du mal à accepter le “non”, il vous pousse, vous envahit, se fâche quand il n’est pas d’accord… Et peut-être, même, qu’il vous fait parfois un peu peur.

Ok, ok… Je vais vous rassurer. Oui, bien sûr qu’il existe des chevaux aux caractères plus affirmés que d’autres ! Certains tremblent comme une feuille dès qu’on lève le ton. D’autres semblent ne jamais sentir un stick un peu franc qui leur demande d’arrêter de nous écraser. Leur tempérament de base est variable. D’ailleurs, vous pouvez vous entraîner à effectuer de réels tests de tempérament en suivant cette leçon guidée par Hélène Roche.

helene roche

Si votre cheval est envahissant, mordeur, a tendance à dire franchement non quand vous essayez d’instaurer des limites… Eh bien vous avez affaire à un cheval affirmé, mais ça n’est pas une condamnation ! Tous les chevaux peuvent apprendre les limites, si tant est que le cavalier en face est prêt à s’affirmer lui aussi.

Tout comme avec les enfants, certains semblent plus obéissants que d’autres… Le tout, c’est de cerner leur personnalité et de s’y adapter, tout en enseignant les bases essentielles du respect d’autrui. Dans le cas du cheval, c’est surtout pour la sécurité, la vôtre, et la sienne aussi.

4. Comment améliorer la situation ?

Si vous ne connaissez pas le fonctionnement des phases, il va être temps de vous y mettre. Je suis biaisée, bien entendu, mais je ne peux que vous recommander d’apprendre les bases sur notre programme Horsemanship Basics, qui vous donnera déjà les notions essentielles pour bien éduquer votre cheval, “dominant” ou pas. Vous y apprendrez comment utiliser les phases, à quoi elles servent, comment cerner la personnalité de votre cheval, comment lui enseigner un langage commun à travers les différentes réponses aux pressions et la mise en confiance.

Ensuite, si je devais définir un ordre de priorité pour votre sécurité, le voici :

  • soyez absolument radical sur le respect de votre bulle. Pas de négociation possible. Quelque soit l’environnement, jamais, JAMAIS votre cheval ne doit vous marcher dessus. Imaginez que vous êtes aussi binaire qu’une barrière électrique. Elle envoie du jus à quiconque la touche et ce, 100% du temps. Eh bien c’est la même idée pour votre bulle. On en parle ci-dessous.
  • ne pas faire d’anthropomorphisme : combien de fois voit-on des cavaliers qui humanisent un peu trop leurs chevaux, et qui, par conséquent, ne parviennent jamais à dire un “non” ferme avec leurs outils. Avec les vagues de culpabilisation croissante menées ci et là, certains propriétaires se retrouvent “gelés” lorsqu’il faut repousser le cheval franchement. Honnêtement, mon avis est simple : vous ferez plus de bien à votre cheval en mettant des limites claires, qu’en étant flou et dans la culpabilité. Je pose ça là, vous en faites ce que vous voulez.
  • Connaissez votre “oui” et votre “non” : votre cheval comprend-il les deux ? Si pas : revoyez votre langage corporel. Créez-vous un “oui” très clair, et un “non” très clair.
  • Connaissez le seuil de réponse à la pression de votre cheval. Certains réagissent très vite à un tout petit mouvement de stick ou de longe, d’autres ont besoin d’une phase bien plus forte pour envisager de bouger leurs pieds. Situez ce seuil, ça sera lui qui permettra d’établir où se situent les limites.
  • Demandez-vous pourquoi votre cheval est trop affirmé : est-il stressé ? a-t-il des conditions de vie optimales ? Est-il sur-nourri, sous-nourri ? a-t-il mal quelque part ? Si vous avez tout bon de ce côté-là (sorties quotidiennes plusieurs heures en prairie en groupe, fourrage à volonté, suivi pieds, ostéo et véto), alors la base est correcte.

Une fois que vous avez exploré tout cela…

5. Comment protéger sa bulle ?

Il existe plusieurs façons de protéger votre bulle. D’une façon générale, la bulle du cavalier s’étend tout autour de lui ainsi qu’au-dessus de lui. Je vous invite à regarder cette leçon sur le sujet :

6. Les limites : pour une relation saine

De nombreux propriétaires ont du mal à dire “non” à leur cheval. C’est encore pire lorsqu’on les a connu bébé… Il est difficile de les voir grandir et d’avoir le recul suffisant pour leur dire “non” sans culpabiliser. C’est humain, et c’est normal.

Maintenant, je vais prendre le temps de vous dire pourquoi j’estime qu’il est essentiel d’être assez courageux pour dire non à votre cheval. Les chevaux sont des animaux finalement assez simples. Ils aiment que les choses soient claires, lisibles, et récurrentes. Le changement, le doute, l’absence de lisibilité les stressent énormément : cela pourrait être menaçant. Un environnement et des interactions stables leur permettent de voir ce qui relève de l’anormal : et donc, du dangereux. Si les interactions, notamment avec l’humain, manquent de stabilité, ils ne peuvent pas installer d’habitudes, et donc, on risque de maintenir un état inconfortable en eux. Un humain qui ne dit ni oui, ni non, c’est pareil : ça n’est pas clair, ça n’est pas lisible, donc soit ça les stresse, soit ça les agace, soit ça les blase.

Ensuite, il est normal que le cheval ne naisse pas avec une connaissance parfaite de comment gérer un humain. Il ne naît pas en sachant spontanément où sont les limites dans leurs futures interactions avec d’autres chevaux, n’est-ce pas ? Ils vont devoir se prendre quelques coups de pied et quelques menaces avant de comprendre que, non, on ne saute pas sur son voisin quand celui-ci baisse les oreilles. Sans vouloir faire de parallèle douteux, c’est un peu pareil pour vous : si vous ne lui dites pas “voici la limite, tu viens de l’atteindre”, il ne pourra jamais comprendre où est la limite.

Le cadre, ça n’est pas quelque chose de négatif. Alors oui, je sais : on n’aime pas nous-même recevoir un “non”. Pourtant, comprendre où se situent les limites, dans tous les sens du terme, c’est ça qui vous permet de percevoir votre environnement physique, social, et donc d’évoluer en comprenant votre monde. Un cheval qui ne perçoit pas son cadre risque non seulement d’être dangereux pour lui et les autres, mais risque aussi d’être stressé, angoissé, énervé, colérique.

A mon sens, un “bon” propriétaire, un bon cavalier pour son cheval, c’est certes quelqu’un qui est capable de lui faire passer de superbes moments chouettes et agréables, mais c’est aussi (voire surtout) quelqu’un capable de faire preuve de leadership et d’avoir le courage de dire “non” pour recentrer son animal, d’une façon neutre, calme, et polie bien sûr. On ne parle pas ici de lâcher ses nerfs sur votre cheval. Mais bien d’un non clair, franc, lisible, à la hauteur du seuil du cheval, et dénué d’émotions.

7. Le leadership, c’est quoi ?

Le leadership, j’en ai également parlé dans cet article et je vous invite à le lire si vous souhaitez explorer le concept.

Pour faire bref : le leadership, c’est le fait d’être capable de guider son cheval, de lui expliquer les choses, en lui donnant envie de vous suivre et de vous écouter.

Ça n’est pas dominer son cheval, ça n’est pas du tout à propos de dominance à vrai dire…

Si vous avez des questions supplémentaires, je vous invite à les partager en commentaires.

8. Soyez intéressants et fun !

Souvent, les chevaux qu’on décrit comme “dominants” sont des chevaux qui s’ennuient. Mettre des limites, ça n’est qu’une partie de l’équation. Beaucoup de chevaux sous-sollicités s’ennuient juste tellement qu’ils développent des comportements que nous ne désirons pas, comme taper, bousculer, mordre, et j’en passe.

Or, je constate souvent que les propriétaires de ces chevaux sont un peu intimidés par les attitudes désagréables de leurs chevaux. Ils restent du coup figés dans des exercices basiques, n’osant pas déclencher la colère de leur animal – et franchement, on les comprend.

Pourtant, en couplant une vraie protection de vos limites, avec des plans de séances préparés et bien pensés, vous permettrez à votre cheval d’exprimer sa créativité. Il sera sollicité sur des exercices variés et parfois, même, compliqués. Cela va lui permettre de dédier sa tête non pas à vous pincer le bras, mais bien à résoudre le puzzle que vous lui présentez.

Donc si votre cheval rentre dans ces cases… Je vous invie grandement à vous creuser les méninges et lui offrir des plans de séance vraiment construits pour lui ! Vous pouvez notamment vous inspirer de nos programmes, notamment le programme Malin & Paresseux.

Pauline Barbier

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Les commentaires

Céline

- 24 juillet 2020 à 9 h 17 min

Merci pour cet article très intéressant!

J’avais déjà entendu dire que scientifiquement il n’est pas prouvé que la dominance inter-espèce existe.
Cependant, pas prouvé ne veut pas dire qu’elle n’existe pas! 🙂

En effet, pour ma part je ne suis pas convaincue à 100% de leurs théories, selon laquelle la définition de la dominance serait par rapport à l’accès aux ressources.

– Pour l’accès aux ressources: soit disant nous ne serions pas en compétition avec le cheval.
Pour autant, je connais des chevaux qui défendent leur saut de grain lorsqu’on les approche en tant qu’humain!
Et le cheval en question montre alors une réaction avec les mêmes codes physiques qu’il aurait utilisé avec un autre cheval, et dans le même but: nous éloigner de sa ressource.
Alors dans ce cas, je ne comprends pas pourquoi les scientifiques disent que la réaction de protection du cheval, qui va être idem que cela soit envers un humain, un autre cheval ou envers un animal (ils peuvent faire idem avec un âne ou une chèvre par ex), ne soit pas classé pareil, en dominance? Je ne comprends pas ce que cela pourrait être d’autre, vu que la réaction est la même peu importe l’espèce à éloigner de la ressource?

– Idem pour les comportements dit négatifs, pourquoi certains chevaux acceptent de répondre à nos demandes de “bouger” et d’autre refuse en couchant les oreilles et en lancant les pieds, ou même parfois pire en chargeant?
Alors bien sur il y a une question d’éducation! Mais à éducation équivalente, il n’y a pas réaction équivalente, car comme il est très bien dit dans l’article les chevaux ont un tempérament de base différents. Et certains auront un caractère de base à vouloir “faire bouger” les autres bien plus souvent que d’autres. Même si cela n’est pas un trait de caractère, il y a quand même des chevaux qui ont plus tendance à être en haut de la hiérarchie dans les groupes et d’autres qui auront plus tendant à être en bas, quel que soit le groupe.

Donc pour moi, le fait qu’un cheval – même bien éduqué – se fâche quand on lui demande de bouger, c’est car il n’accepte pas que l’humain en question – qu’il considère comme “inférieur” à lui dans la hiérarchie – le fasse bouger.
Et par contre dès qu’un humain qu’il considère comme supérieur à lui, lui demande quelque chose, il ne va pas broncher.

J’ai vu tellement de fois cette situation de changement de comportement dès que la personne qui tient le cheval change! Cela montre bien que cela n’est pas une question d’éducation, puisque le cheval montre du respect avec telle personne, mais va envoyer balader telle autre.

Pour moi c’est simplement que telle personne est considérée comme au-dessus et telle autre en dessous, et donc le cheval n’est pas ok de répondre aux demandes de bouger d’une personne qu’il estime être en dessous (peut importe la raison, cela pourrait être à cause de timidité de la personne, manque de clarté, etc…).

Donc éducation oui, mais quand on voit un changement de comportement dès qu’il y a changement de meneur, au sein de la même séance de longe par exemple, c’est qu’il y a autre chose que l’éducation, et je ne vois pas comment expliquer ça autre que par la hierarchie?

Merci pour ton retour si tu peux éclaircir ces points qui restent pour moi en suspend depuis longtemps!