Maigreur chez le cheval : ce qui se cache derrière

Parfois un cheval qui maigrit c’est simple… Les apports caloriques ne sont pas suffisants par rapport aux besoins journaliers. L’offre est inférieure à la demande en quelque sorte. La réponse est alors simple et densifier l’apport calorique de l’alimentation permettra au cheval de reprendre du poids. Sauf que dans beaucoup de cas … ce n’est pas suffisant. Mais alors, quels sont les autres facteurs potentiellement responsables de la maigreur chez le cheval ?

C’est Calgary, cheval de Nolwenn Gonon, ambassadrice de Blooming Riders, qui servira d’exemple et de fil rouge tout au long de cet article.

Le beau Calgary, selle français de 7 ans

Calgary est un cheval selle français de 7 ans. Avant de devenir le partenaire équin de Nolwenn, Calgary vivait au box sans sortie au paddock. Son alimentation était composée de deux rations de foin et deux repas de concentrés par jour. Son état corporel était correct.

Changement d’humain et changement de vie, Calgary découvre le pré. Il y vit 24h/24. Suite à ce changement qui, à nos yeux d’humains, apparaît comme favorable car répondant à l’un des besoins fondamentaux de notre cheval : le besoin de se mouvoir librement, Calgary perd du poids.

En effet, pour lui cet espace et cette liberté apparaissent comme des éléments assez stressants. Il se déplace beaucoup et a du mal à se détendre. Calgary est d’ailleurs un grand anxieux qui a du mal à gérer ses émotions qui prennent vite de grandes proportions.

Suite à ce changement Calgary perd donc du poids. Il passe beaucoup de temps à observer son environnement, il mange moins et ses dépenses caloriques, liées à son mode de vie et bien sûr liées à son stress augmentent. Moins d’apport donc et plus de demande de la part de l’organisme. Ces deux facteurs ont entrainés l’amaigrissement. Il perd également de la masse musculaire.

Après son passage au pré et avant le bilan nutritionnel, Calgary recevait du foin à volonté et sa ration de concentrés avait été fortement augmentée. Là encore, il y a parfois des subtilités. Car parfois pour grossir plus il faut simplement … manger « moins » et surtout manger mieux !

Calgary avant son rééquilibrage alimentaire.

Manger moins pour prendre du poids ?

Cela peut paraître contre-intuitif et pourtant parfois le bon état corporel de notre cheval repose sur … la diminution de sa ration, enfin pour être plus précise, sur un nouveau raisonnement des apports. C’était le cas pour Calgary.

L’apport de foin était correct puisqu’il en recevait à volonté. Le cheval de sport reste un herbivore et le fourrage doit toujours être la base de son alimentation 

L’apport énergétique pouvait sembler bon à première vue … mais la quantité d’amidon était trop élevée dans son alimentation.

L’amidon est contenu majoritairement dans les céréales. Il commence à être digéré (ou plutôt fermenté) dans l’estomac. Au niveau de l’intestin grêle l’amidon va être dégradé en glucose par des enzymes puis absorbé. Cependant, la quantité d’enzyme produite par le cheval est limitée. L’amidon amené en trop grande quantité sature les capacités de l’intestin grêle.

Une fraction non digérée va alors arriver dans le gros intestin. Cette fraction va être digérée par des bactéries amylolytiques.

Cependant en fermentant cet amidon, les bactéries vont produire notamment de l’acide lactique. Cela entraîne progressivement une baisse du pH intestinal. 

Cette chute du pH n’est pas sans conséquence car les bactéries qui digèrent les fibres, appelées bactéries cellulolytiques ou fibrolytiques, tolèrent mal la baisse du pH intestinal.

L’environnement n’est plus favorable pour les bactéries fibrolytiques qui vont moins bien assurer leur rôle de digestion des fourrages. Donc, quand l’amidon est en excès dans l’alimentation, le cheval (son microbiote) ne dégrade plus correctement les fibres et est privé d’une partie de l’énergie que pourrait lui apporter le fourrage. L’augmentation de la quantité d’aliment peut donc favoriser une nette perte d’état.

Donc pour résumer : un apport en concentré trop important c’est-à-dire contenant trop d’amidon peut engendrer un dérèglement du microbiote, ce qui empêche une bonne digestion des fibres. Le cheval ne peut donc pas profiter d’une partie de son alimentation.

Pour Calgary c’était donc le cas et un rééquilibrage alimentaire a permis d’amener suffisamment de calories pour qu’il reprenne du poids sans saturer les capacités digestives.

Mais, chez lui, ce n’est pas le seul élément qui a conditionné l’évolution de son état corporel.

Ecouter son cheval

Chez le cheval, la non satisfaction de ses besoins fondamentaux amène généralement de la frustration qui génère du stress et du mal-être. Pour rappel ces besoins sont les suivants :

  • manger en continu
  • se déplacer
  • pouvoir se reposer
  • avoir des contacts avec ses congénères
  • pouvoir surveiller son environnement

Ils peuvent donc être résumés comme mentionné dans l’article L214 du Code Rural par « vivre dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de l’espèce ».

Dans certains cas, les conditions de vie nous semblent, de  notre point de vue d’humain, tout à fait correctes (par rapport à nos connaissances, nos expériences etc…) et pourtant elles ne conviendront pas à notre cheval même après un temps d’adaptation.

Si le cheval présente un amaigrissement ou une difficulté récurrente à prendre du poids il est, dans un premier temps, indispensable de faire un bilan vétérinaire car il arrive que ces éléments soient les symptômes d’une problématique de santé sous-jacente (Lyme pour ne citer qu’un exemple, ulcères gastriques…). La douleur chronique (au dos, dans les pieds …) est aussi une des causes potentielles d’un amaigrissement ou d’une difficulté à maintenir le poids de forme. Chez les chevaux âgés les problèmes dentaires ou de mauvaise absorption sont assez courants. Il faut également penser aux problématiques de parasitisme qui peuvent, eux aussi, impacter l’état corporel. 

Une fois le point vétérinaire fait il est bon en plus de questionner son alimentation de s’interroger sur son mode de vie et surtout sur ce que lui ressent de ses conditions de vie, qu’est-ce qu’il vous montre, qu’est-ce qu’il vous dit … votre cheval vous donne une multitude d’informations sur la façon dont il se sent si vous l’observez. Est-il calme mais attentif à son environnement ? Ou toujours dans le mouvement ? Ou bien encore excessivement calme et ayant une tendance à l’apathie ?

Si des éléments de sa vie de tous les jours lui causent des stress répétés il est fort probable que son organisme ne puisse pas profiter de sa nourriture comme il le devrait. Déjà parce que le stress fait augmenter les dépenses caloriques et entraine généralement une baisse du temps passé à manger : on surveille plus donc on mange moins. Mais aussi parce que, lorsque notre cheval stresse, (et on peut étendre ses éléments à nous-même) toutes les réponses de l’organisme en sont affectées. Le système immunitaire, par exemple, est moins efficace car la circulation des hormones de stress peut compromettre le système immunitaire et affaiblir les organes. Chez l’humain l’épigénétique (science qui s’intéresse aux changements dans l’activité des gènes) commence à montrer à quel point nos gènes sont affectés par des facteurs extérieurs à nos cellules. Chez le cheval des recherches similaires sont conduites.

Chez l’humain, il est aujourd’hui montré que le stress prolongé (ou chronique) affecte notre tension artérielle, nos capacités de mémorisation et d’apprentissage, notre glycémie, la capacité de réparation cellulaire, notre cicatrisation, notre réparation osseuse, nos anticorps, notre masse musculaire, nos dépôts adipeux…

Si tous ces éléments ne sont pas montrés pour le cheval il est quand même possible de se dire que le stress prolongé/chronique peut largement influencer son organisme, ses états émotionnels et son poids.

Pour en revenir à Calgary, pour lui, la situation stressante a été de se retrouver dans un environnement complètement nouveau : le pré avec une multitude de stimulations qu’il a dû apprendre à connaître et à gérer afin de faire revenir son stress à un niveau plus acceptable. En combinant la gestion de ses émotions, l’alimentation et bien sûr un check up plus général de sa santé cela lui a permis de se poser dans son nouvel environnement et de reprendre du poids. Il s’est adapté.

Néanmoins, il arrive parfois que, même avec un temps d’adaptation, les conditions de vie ne répondent pas aux besoins du cheval. Par exemple, le cheval qui au bout d’un mois n’a toujours pas accès au point d’affouragement et où les comportements agonistiques avec les autres sont nombreux, l’entier qui vit mal le fait d’être au pré avec des juments proches, le cheval qui est continuellement stressé au box … Pour le premier peut-être qu’un changement de troupeau lui permettrait de nouer des liens plus positifs avec d’autres chevaux et d’avoir un accès facilité au fourrage. Pour le second un mode d’hébergement toujours à l’extérieur mais plutôt à proximité d’hongres que de juments pourrait l’aider à se détendre et à être plus posé. Enfin pour le dernier, repenser les conditions de vie pour lui permettre d’être plus détendu en lui donnant accès au moins une demi-journée à l’extérieur en ayant la possibilité d’avoir des contacts sociaux pourrait être positif.

Il faut bien retenir que dans toutes les situations de sa vie c’est notre cheval qui a la réponse sur ce que lui vit. Notre rôle est aussi de l’écouter et de prendre en compte ces informations pour lui proposer les conditions d’hébergement qui lui sont le plus adaptées. Pour Calgary, par exemple, pour la saison hivernale la proposition a été de vivre en pré / box. Proposition qui lui a visiblement plutôt bien convenu.

Un cheval plus serein grâce au fitness émotionnel

Il y a un élément dont je n’ai pas parlé et que je gardais pour la fin en lien avec la gestion des émotions du cheval et cet élément c’est NOUS !  Et plus généralement la relation humain – cheval.

Imaginez-vous au quotidien dans votre travail, il est toujours plus facile de travailler avec une personne stable et qui vous pose des attentes claires sur vos tâches qu’avec une personne qui changera souvent d’avis et vous laissera dans le flou quant à ses attentes, voir vous reprochera de ne pas les avoir devinées. Ce genre de situation peut rendre le travail stressant, vous mettre un nœud au ventre au moment d’aller travailler et vous rendre plus pessimiste sur d’autres aspects de votre vie.  

C’est parfois ce que notre cheval doit vivre … la relation humain / cheval peut être stressante pour lui car manquant de clarté. Des émotions négatives répétées dans le travail peuvent avoir une influence dans le reste de sa vie et le rendre plus délicat, plus en état de vigilance, plus pessimiste voir même parfois agressif.

À contrario, un humain clair avec une bonne lecture de son cheval, des attentes précises et atteignables pourra amener son cheval à ressentir des émotions positives dans le travail et dans les manipulations quotidiennes. L’humain aidera son cheval à progressivement mieux gérer ses émotions. Il aidera son cheval à travailler son fitness émotionnel. Exactement comme vous pourriez le faire avec un coach. Vous êtes aussi le coach de votre cheval (certainement tout autant qu’il est le vôtre) et en l’aidant à mieux gérer ses émotions dans le travail en le faisant sortir petit à petit de sa zone de confort vous l’aidez à se dire au quotidien « ok tout va bien je peux me poser ». Apprendre à l’anxieux à se détendre dans diverses situations l’aidera non seulement dans son quotidien avec les humains mais aussi dans sa vie de cheval par rapport à la gestion d’un environnement d’humain. Le travail que vous faites, ce que vous proposez à votre cheval déteint sur son quotidien.

Et c’est bien ce qui s’est passé avec Calgary, ce n’est pas un facteur unique qui lui a permis de reprendre du poids et de faire évoluer son état. Ce sont à la fois l’alimentation, l’adaptation à son nouveau mode de vie et aussi le fait d’intégrer dans son travail quotidien le fitness émotionnel qui l’aident à se détendre et à être un peu plus calme jour après jour.

Calgary après son rééquilibrage alimentaire et un travail sur sa gestion du stress

Le travail ostéopathique ainsi que le shiatsu, l’acuponcture ou la physiothérapie (la liste n’est pas exhaustive) sont aussi des éléments fondamentaux auxquels il est possible faire appel pour aider le cheval à se sentir bien dans son corps et dans sa tête. Il s’agit donc bien, encore une fois, d’un travail d’équipel’addition des compétences donne des résultats durables et souvent même plus rapides.

En cas d’amaigrissement il est donc essentiel de se poser les questions sur les causes qui conduisent à ce symptôme : pathologie sous jacente qui nécessite un traitement ? Mauvais apports ? Stress ? Douleurs ? Vieillissement ? Évolution des besoins ? État de la bouche ? …

L’amaigrissement doit toujours être pris en considération chez le cheval afin que ce symptôme ne s’aggrave pas.

NB : on ne fait pas ici référence au cheval obèse où la nécessité de perdre du poids est impérative.

S’entourer de différents professionnels ainsi que l’observation et l’écoute de votre cheval vous permettront de répondre avec efficacité à cette problématique. La prise en compte du cheval dans son ensemble est essentielle en s’intéressant à la fois à sa physiologie mais aussi à son émotionnel.  Ces deux éléments ne doivent jamais être détachés car ils forment un tout qui doit être équilibré pour le bien-être de votre cheval.

Angélique Descapentry

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