Mauvaise séance : une source de progression ?

Ces dernières semaines sur Instagram, j’ai vu passer plusieurs posts concernant les “mauvaises séances” qu’on connaît tous avec nos chevaux. J’ai réfléchi à la dernière fois où je me suis sentie en échec avec Val, et j’ai pensé que c’était l’occasion de partager avec vous cette mauvaise séance qui, contre toute attente, m’a permis de progresser !

Ma dernière mauvaise séance

Je trouve ça super chouette de parler de ces séances qui se passent moins bien, ça casse un peu le côté “ma vie est pleine de paillettes” (j’ose ? c’est devenu insupportable non ? Kévin … oups) qui dégouline un peu trop à mon goût sur les réseaux sociaux. Mais par contre, je trouve qu’il manque souvent un élément au récit de ce type de séance : qu’est-ce que ça m’a permis d’apprendre, où ai-je éventuellement fait une erreur, quels signaux n’ai-je pas été capable de percevoir ? C’est donc ce que j’ai essayé de faire après ma dernière séance de mer*e avec Val.

La dernière fois que j’ai eu envie de faire du saucisson avec mon cheval, il avait vraiment fait très, très fort. Je vous explique le contexte : je devais l’échauffer avec une séance de saddle-fitting, pour le préparer à essayer différentes selles, et pour que l’ergonome venue faire la séance puisse l’observer en mouvement.

Je vais donc en carrière avec Val, avec mon matériel habituel : longe de 3,70m pour débuter la séance si je le sens un peu chaud (ça peut paraître contre intuitif, mais quand il est chaud j’évite de l’éloigner trop de moi actuellement, vous comprendrez en lisant la suite), et longe de 7m pour poursuivre. Il est un peu stressé à cause de je ne sais pas trop quoi dans les prairies au loin, mais reste tout à fait maîtrisable. Je m’éloigne tout de même de la zone qui fait peur histoire d’essayer de le concentrer et d’éviter les allures tendues qui ne permettraient pas à l’ergonome de se faire une idée réelle de sa locomotion.

Après quelques démonstrations de sa facilité à se lever (qui, je dois bien l’avouer, me laissent désormais de marbre, après tant d’années 😀 ), il finit par se poser et montre gentiment ses trois allures à son public. Je lui demande pas mal de transitions trot-galop pour m’assurer de sa concentration, des changements de main,… Je finis par déplacer mon cercle au galop, afin de lui permettre de vraiment allonger l’allure et de sortir son jus si besoin. Val est parfait, vraiment, jusqu’au moment où, de façon totalement inattendue (même pour moi qui ai l’habitude de ses frasques…), il décide qu’il en a marre et m’arrache la longe des mains, le nez à terre, au galop de charge. Comme je ne m’y attendais pas, je n’ai pas eu le réflexe de contrecarrer sa tentative et j’ai été bien obligée de laisser filer la longe.

Oui c’est bien de toi dont on parle

Val est alors passé, longe de 7 mètres flottant au vent (heureusement qu’il a été bien désensibilisé, ce guignol), devant les trois personnes qui l’observaient à ce moment-là au milieu de la carrière, avant de se ruer droit sur les fils qui servent de clôture. Connaissant l’asticot, la propriétaire des écuries qui se trouvait justement devant les fils, se place au milieu de la sortie en faisant de grands gestes histoire de l’arrêter. Franchement, j’ai cru qu’il allait s’arrêter. Mais non ! Il s’est tout simplement décalé pour l’éviter, et a sauté les fils de la carrière avant de s’en aller toujours au triple galop sur la route. Bien heureusement, la pension se situe dans un cul de sac où les voitures sont très rares ! J’ai donc couru après Val (je vous épargne les nombreuses insultes qui sont sorties de ma bouche pendant cette course, mes excuses à la maman de Val) et l’ai retrouvé 100 mètres plus loin, ronflant, la queue en l’air, juste devant la grille qui mène à une allée de boxes.

J’avoue avoir rigolé en voyant une centaine de mètres plus loin un couple de promeneurs relativement âgés, les yeux écarquillés. Il faut dire que le dragon au galop de charge, malgré sa petite taille, devait être impressionnant pour eux… J’ai récupéré Val, qui paraissait alors absolument surpris de se retrouver ainsi tout seul au milieu de la route. En réalité, je pense qu’il a fait le kéké des plages et puis qu’après avoir agi, il s’est fait un peu peur (“mais qu’est-ce que je fous ici moi ?!”). Alala, la jeunesse… Pauline m’a proposé de le reprendre pour travailler en piste mais évidemment, après ce coup de stress, il était absolument parfait.

Bon, l’histoire est drôle expliquée comme ça, même si sur le coup j’ai quand même eu peur qu’il ne renverse quelqu’un ou qu’il ne saute quelque chose de non sautable pour ses capacités, mais je ne vous la raconte pas uniquement pour vous faire sourire. Je vous partage cette mauvaise séance parce que j’ai appris des choses suite à cet épisode, et que j’ai mis en place des stratégies pour éviter que cela ne se reproduise.

Ce que j’ai changé depuis

Depuis ce jour-là donc (qui restera probablement gravé dans la mémoire de l’ergonome autant que dans la mienne!), je fais super attention à plusieurs éléments. J’ai repris le travail en longe courte pendant un certain temps, afin d’avoir plus de possibilités de contrer une éventuelle tentative d’escape game, puis j’ai remis la 7m mais en étant particulièrement attentive à ne pas la laisser traîner au sol. Moment d’explications physiques (je rigole, je suis vraiment nulle) : une longe qui traîne au sol, c’est plus de distance parcourue entre le moment où le cheval commence à s’échapper et le moment où la longe se tend. Quand c’est une échappée au galop de charge, même avec un petit cheval, s’il a pris de la vitesse avant que vous ne réagissiez, c’est extrêmement compliqué de l’arrêter. La faute à une formule que je ne vais pas prétendre connaître, avec de la force multipliée par de la vitesse, toussa toussa. Je sais juste que la conséquence en termes équins = ski nautique (ou plutôt détartrage la tronche dans le sable), arrachage d’épaule ou encore drapeau humain flottant au vent pour les plus légers d’entre nous. On a tous déjà connu au moins l’histoire de l’épaule, et très peu pour moi, merci !

Plus sérieusement, j’ai aussi fait plus attention à la construction de mes séances, en proposant des moments qui bougent bien mais de façon maîtrisée et des moments où je demande plus de concentration et d’efforts, mais en dosant correctement. J’évite de passer 20 minutes sur le jeu du cercle si Val est très bien pendant 5 minutes. Je sais que ça va le saoûler, c’est répétitif, il s’emmerde et ça peut potentiellement déclencher une envie de se faire la malle. J’évite aussi tout simplement le jeu du cercle au galop au bout de ma 7 mètres s’il est un peu « bête » et que les risques d’explosion sont plus élevées. Je privilégie dans ce cas les exercices qui lui demandent d’être attentif, comme le falling leaf, les changements de main rapprochés sur le cercle, des transitions très rapprochées dans les allures, des exercices sur des barres au sol ou cavalettis qui lui permettent de cracher son feu sans devenir complètement débile.

Et je garde mes deux mains sur la longe quand je déplace mes cercles au galop pour avoir plus de force en cas de besoin, en lui demandant toujours de garder la tête légèrement à l’intérieur du cercle, ou en corrigeant en tout cas directement si il a tendance à la mettre à l’extérieur. D’ailleurs au cas où vous ne connaîtriez pas la super technique qui permet d’être plus solide face à une tentative d’arrachage de longe, la voici : deux mains sur la longe, coudes pliés, et genoux pliés comme si vous vouliez vous asseoir dans le vide. Ca évite de voler la tête dans le sable ou de devoir lâcher rapidement la longe parce qu’on est en train de courir plus vite que ce que nos jambes sont capables de faire. Evidemment c’est plus facile à dire qu’à faire, Pauline est beaucoup plus douée que moi pour mettre en oeuvre cette stratégie, je manque encore de réflexes… Mais ça va viendre hein !

Je dois dire que toutes ces petites stratégies paient ! Cet épisode date d’il y a un petit moment maintenant et jusqu’à présent (je touche du bois), Val n’a pas réessayé de m’arracher la longe ! J’aurais sans doute du réfléchir avant pour éviter que ça n’arrive, c’est vrai. Mais l’essentiel à mes yeux est d’avoir pu apprendre de mes erreurs et surtout, trouvé des solutions pour éviter que ça ne se reproduise. Ne me remerciez surtout pas pour cette leçon de vie, c’est cadeau !

Pour en connaître plus sur mon histoire avec Val, que j’ai acheté lorsqu’il était tout bébé, je vous invite à lire mon précedent article “Acheter un poulain : le bilan 4 ans après“.

Et vous, racontez-nous votre dernière mauvaise séance ! C’est très bon pour dédramatiser et en plus, on peut échanger sur les éventuelles stratégies à mettre en place pour éviter que ça ne se reproduise 🙂

Lucie

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Les commentaires

Julie Taziaux

- 23 janvier 2021 à 15 h 26 min

Top top la leçon de vie, toujours bien de réfléchir sur les « échecs » (si on peut appeler ça comme ça). J’aime beaucoup ta façon d’écrire, le ton utilisé et je ris à chaque fois. Merci 🤩

Gaëlle vaugon

- 23 janvier 2021 à 12 h 43 min

Dernière séance de m….. en balade : suite à une mauvaise selle et des problèmes de dos chez mon cheval, j’ai arrêté de le monter un moment et j’ai acheté une nouvelle selle par le biais de ma praticienne de shiatsu qui est aussi saddle-fitter chez ergonomie équestre. je décide donc de tester cette nouvelle selle en balade pour voir si mon cheval a mal ou non. Je pars avec une amie qui a un vieux cheval que mon cheval adore car il le rassure, un jour de beau temps pour profiter de cette belle journée. Ca c’était l’idée 🙂 A savoir que mon Cheval, est très émotif et peut être Guismo le gentil Gremlin, ou muter en méchant gremlin. Je cherche encore ce qui provoque ces changements d’humeur d’un jour sur l’autre mais je n’ai pas encore trouvé malheureusement. C’est un intro qui devient extra et qui explose littéralement quand c’est trop. En carrière, je ne l’ai jamais poussé donc aucun problème mais en balade je ne peux pas gérer aussi facilement. Il n’a peur de rien, il est juste angoissé de quitter sa zone de confort à la maison. Donc dès le départ ce jour-là, je le sens agacé de quitter sa copine et d’être sellé. Je marche longtemps à côté puis je le monte un peu, je sens que je suis assise sur une cocotte-minute mais vu qu’il n’était pas sorti en extérieur depuis longtemps j’ai trouvé ça assez normal. J’ai continué à pied avec un cheval qui mangeait ses rênes mais j’ai pensé qu’il allait gérer. Le fait d’être avec une amie ne me permettait pas de m’arrêter pour le calmer en le laissant brouter donc j’ai continué en pensant que ça irait. Je suis remontée 5mn, il était tout content et calme. Et à 15mn de la maison, il a explosé! J’ai donc eu droit à 10mn de lançades, explosions en l’air avec énormes coups de cul, de trot sur place tout tordu et je sentais qu’il ne maîtrisait plus rien.J’enlève toujours le mors au retour pour revenir en broutant et là j’ai même du le remettre et demander à la copine de me suivre jusqu’à la maison alors que d’habitude on se sépare à 500m sans problème. Et d’un coup, en 1 seconde, tout est retombé et il s’est mis à marcher calmement comme si de rien n’était. J’ai pu le laisser brouter comme d’habitude pour revenir. La selle le gênait mais à mon avis c’était de la raideur d’arthrose car je ne sentais pas de douleur comme avec l’ancienne. Il a parfois ce genre de réactions quand il est angoissé ou excité (par exemple si je nourris un peu plus tard l’hiver il se met dans des états assez “excessifs” 🙂 ) J’ai donc décidé 2 choses: 1) je dois profiter de chaque moment d’énervement à la maison pour travailler la gestion des émotions et le respect pour qu’il ne m’échappe surtout pas en extérieur (ma grande peur!) . Le jeu de l’amitié le calme bien sur l’instant mais l’effet disparait dès que je reprends le pas. Manger le calme toujours donc je prévoirai des carottes pour le faire travailler dès qu’il s’énerve en le récompensant pour qu’il se focalise sur moi et la nourriture. Car je ne peux pas toujours m’arrêter pour le laisser brouter le temps qu’il se calme. 2) je ne dois pas laisser traîner, je dois essayer de le calmer dès les premiers signes. 3) Je ne dois plus le nourrir après minuit 🙂 4) Je dois continuer à travailler beaucoup le leadership en main car avant il se rassurait en s’appuyant sur moi mais en vieillissant il est moins dépendant de moi, ce qui est bien, mais il ne sait pas gérer ses émotions donc je dois faire en sorte qu’il prenne confiance en lui, mais aussi qu’il me fasse confiance pour le calmer. De quoi m’occuper longtemps!! 🙂 Et je réintroduirai la selle en douceur à pied dans le rond de longe. Voilà! Comment apprendre de nos erreurs et de nos chevaux…

Romain ALLIER

- 22 janvier 2021 à 21 h 13 min

Pour mon anecdote, c’était pas en “séance” mais tout simplement en promenade en main dans la neige avec mon poulain.
Notre éducation suit son cours et j’aime l’emmener balader pour travailler le mener. Ça se passe généralement très bien, on marche, on trottine aussi et je me suis même déjà permis de “faire la course” avec lui… ou du moins de sprinter pour le suivre un peu au galop. Quelques grains de folie de temps en temps mais rien de folichon… il s’écarte, saute un peu en l’air, la rêne se tend et hop direct il revient comme si de rien n’était…
Sauf que cette fois-là dans la neige, j’ai voulu engager le ptit footing et mon bébé (Anoki) a explosé direct, me passe devant, saute en l’air et BIM… coup de postérieur dans les côtes. J’ai réussi à maintenir la longe donc elle s’était tendue et même pas le temps de reprendre mon souffle, qu’Anoki était de retour face à moi… tout calme du genre “bah qu’est-ce qui t’arrives ?”
Voilà, voilà… Maintenant j’aime dire que j’ai mon poulain dans la peau 🤣🤣 car à la palpation, je soupçonne une ptite casse quand même
Ce que j’ai retenu de ça… bah déjà vérifier un peu l’énergie d’Anoki avant de travailler, voir sur un cercle s’il a besoin d’exploser un peu.
Et puis je me rend compte que même s’il est “facile” à éduquer, bah un petite erreur de 5s peu suffire à tout basculer… je ne suis pas un professionnel du débourrage donc j’ai pris la décision de nous faire voir par un professionnel pour son débourrage, en plus de notre apprentissage avec le step d’Andy Booth