“Mettre le filet est un calvaire”

Attention, aujourd’hui on parle sérieusement.
Une étape cru-ciale. Un moment lourd de conséquence.
Un évènement qui marque votre vie de cavalier.
Il ne s’agit pas du débourrage, de votre première sortie en extérieur, ou même de votre première compétition.

Il s’agit… De mettre le filet et le mors.

Oh, cavaliers, j’entends votre déception. Vous vouliez du croustillant, de l’excitant… et je vous sers la situation la plus banale et la moins fun au monde.
Attendez, attendez. Si je réalise un sondage là, maintenant, aux 15.000 visiteurs qui passent chaque mois sur bloomingriders.fr, et que je leur demande à tous si leur cheval prend bien le mors et met le filet sans encombre, je suis à peu près certaine qu’une immense majorité rencontre des problèmes en mettant le filet – probablement des problèmes pires que ceux qu’ils veulent assumer.

Je m’avance même en disant qu’ils rencontrent très certainement des problèmes qu’ils n’ont même pas identifié !

Dans le quotidien du pro qui travaille sur le comportement, on a toute sorte de requêtes. Le van, un classique. Le cheval qui tracte, à pied ou à cheval, le cheval qui mord, qui botte, qui ne se laisse pas attraper, qui ne donne pas les pieds… Et souvent, lorsqu’on arrive sur place, on constate que “le problème n’est pas le problème”, mais bien que le prétexte de votre venue cache une belle grosse forêt de problèmes derrière un gros arbre bien gratiné.

Souvent, la fluidité globale relationnelle entre votre cheval et vous se décèle dans les détails. Malheureusement, les cavaliers sont humains, et ils pensent souvent que la qualité de leur communication se lit dans des moments spectaculaires (un coucher, un cabré, un galop rênes longues dans les prés…). Surtout, il faut le dire : c’est carrément plus sexy de faire du pas espagnol sans rien dans un champ de coquelicot (ni filet, ni bombe, ni selle)(attention, mettez toujours une bombe, Instagram est moins important que votre cerveau), que “juste” mettre le filet et le mors hyper facilement, ou que “juste” mettre son cheval en prairie sans encombre, ou que “juste” tondre sans devoir faire appel au sédatif et tord-nez, ou que “juste” faire une injection sans être 15 à faire une clé de bras à votre cheval, ou que “juste”… Bref, pardon, je m’emporte.

En gros, si le diable est dans les détails, une belle relation, saine, et dans laquelle poney peut s’épanouir, aussi. Donc même si mettre le filet et le mors ne vous semble pas essentiel dans votre travail, j’avance que vous avez tort (et je suis chaude pour un bon débat). Chacune de vos petites interactions quotidiennes compte. Chaque petit moment, chaque petite friction, chaque mini-galère…

Si vous additionnez petit problème + petit problème + petit problème, cela ne génère pas un sentiment globalement positif, mais plutôt un sentiment globalement négatif. Pour votre cheval, en tout cas. Car si votre balade dans les coquelicots les cheveux au vent vous a fait totalement rêver, votre cheval, lui, n’a pas les mêmes rêves et ambitions que vous. Lui, il veut juste du confort, la plupart du temps. Les coquelicots sont au même niveau d’importance que le moment de passer la têtière par-dessus ses oreilles (voire même le 2nd requiert plus de confiance que le 1er). C’est pourquoi nous avons lancé le Daily Horse Challenge, un défi du programme Horsemanship Basics, qui consiste à appliquer les concepts du horsemanship / les lois de l’apprentissage dans votre quotidien à travers plein d’exercices.

On démarre, cette semaine, par mettre le filet et le mors.

Entre nous : qui n’a jamais galéré à mettre un mors à un cheval ? Qui n’a jamais fini avec des crampes aux épaules à cause d’un cheval récalcitrant ?

Si votre cheval vous fait régulièrement léviter pendant que vous mettez le filet, que vous devez lui planter les doigts dans le bec pour espérer lui enfourner le mors, il est temps de vous armer avec les bonnes pratiques pour enfin lui enseigner cette étape de façon positive.

Aujourd’hui, on va résoudre ce problème.

Aujourd’hui, ensemble, aidons tous ces pauvres chevaux et cavaliers qui se battent l’un contre l’autre pendant l’instant crucial de la mise du filet et du mors. Si vous avez un ami, un collègue qui subit ça, il est temps de lui envoyer cet article !

  • votre cheval n’a aucune idée de ce que c’est que cette étrange histoire que vous lui amenez

Pour l’humain : un filet, un mors, on les met sur la tête du cheval, on monte. Normal.

Pour le cheval : un filet, un mors, un humain qui me bloque la tête en mettant des gros doigts plein de corona virus dans ma précieuse bouche. C’est désagréable, je ne vois pas l’interêt, je le dégage et je serre les mâchoires autant que possible pour résister à l’envahisseur. Bonus : lever très haut la tête semble fonctionner très bien pour s’en débarrasser. Plus il s’énerve, plus il faut lever la tête.

Résultat : vous avez appris à votre cheval à se battre contre vous pendant un instant qui, avec un peu de notion d’éducation, devrait se dérouler sans encombre.

  • en s’armant de patience, de notions d’apprentissage, tout est facile

On commence en prenant la dose de friandise qu’on met soigneusement de côté. Ensuite, on prend le filet et le mors. Puis, on se prépare psychologiquement à ce que cet apprentissage prenne plusieurs séances. Oui, j’insiste. Plusieurs séances. Qu’on soit clair : si votre cheval a une histoire pas tip top avec la prise du mors et du filet, préparez-vous à devoir déconstruire d’abord les associations négatives faites par le passé, avant de reconstruire une association positive.

Si vous souhaitez voir tout ce travail décomposé avec un cheval récalcitrant, allez voir l’étude de cas de Joppe dans le programme Horsemanship Basics. Spoiler : ça se termine bien.

  • on vise un cheval qui cherche le mors et qui baisse la tête

L’objectif final, c’est que votre cheval ait trop trop envie de prendre le mors parce qu’il reçoit une friandise systématiquement quand il le prend lui-même, et qu’il accepte sans problème de baisser sa nuque quelque soit la façon dont vous lui demandez pour passer prudemment et délicatement la têtière par-dessus ses oreilles fragiles.

Bonus : non, la prise du mors n’a aucun rapport avec l’opinion que votre cheval en a.

Puisque je sens gros comme une maison ce genre de commentaire arriver, je me permets de tout de suite les contre-argumenter parce qu’ils diffusent une idée qui ne colle pas du tout à la nature même du cheval.

Si votre cheval a mal appris à prendre le mors, s’il n’a pas eu l’occasion d’apprendre comment l’utiliser, s’il n’a pas vécu une réelle habituation bien menée par son cavalier, ça n’est pas de la faute du mors. C’est la faute du manque de connaissance de son cavalier. Le mors n’a aucune valeur intrinsèque pour le cheval. Il peut-être aussi confortable qu’inconfortable qu’une selle, qu’une sangle, s’il est mal mis, mal adapté, mal utilisé.

Si votre cheval prend mal le mors, ça peut-être lié à :

  • une mauvaise adaptation du mors : on vous invite à vous armer de bit-fitters compétents
  • une mauvaise utilisation du mors : c’est un outil de précision et de communication raffiné, pas une arme de gros bourrin pour mieux freiner
  • une mauvaise compréhension du mors : votre cheval doit apprendre à suivre le mors, pour pleinement le comprendre et que donc il ne génère pas de contraction. Mais ça, c’est un autre débat dans lequel nous n’allons pas rentrer aujourd’hui !

Retrouvez les vidéos du Daily Horse Challenge sur notre chaîne Youtube.

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