Morphologie du jeune cheval : à quoi mon cheval va-t-il ressembler ?

Dans un article précédent, nous avons abordé les grands concepts concernant la locomotion et la conformation du cheval. Cette série d’articles, célébrant la sortie future de notre programme “Locomotion & Conformation” en partenariat avec Eugénie Cottereau, aborde aujourd’hui le sujet du jeune cheval. Comment prédire la morphologie du jeune cheval ? Vous êtes nombreux à acheter un jeune cheval, avec des questions récurrentes : comment choisir un foal ? A quoi ressemblera mon jeune cheval ? Existe-t-il des techniques, des signes qui permettent de prédire son avenir locomoteur et conformationnel ? Nous avons posé ces questions à Eugénie.

Nos conseils sur le sujet :

  1. Peut-on savoir à quoi mon jeune cheval ressemblera adulte ?
  2. A partir de quel âge on peut identifier la morphologie finale du cheval ?
  3. Peut-on identifier sur un foal, un 1-2 ans à quoi il ressemblera adulte ?
  4. Est-ce que les papiers déterminent d’office la qualité locomotrice et morphologique d’un cheval ?

1. Peut-on savoir à quoi la morphologie de mon jeune cheval ressemblera adulte ?

La recherche d’un nouveau cheval mène parfois les cavaliers à regarder du côté des foals. En effet, à cet âge-ci, les prix restent abordables même sur des chevaux de sport possédant de bons papiers. En outre, ce pari vers l’avenir garantit également de contrôler la gestion, la nourriture, l’hébergement, et l’éducation du cheval dès le début – ou presque.

Mais, est-il possible d’identifier et de prédire à quoi la morphologie du jeune cheval ressemblera à l’âge adulte ? La réponse d’Eugénie :

“Savoir à quoi un poulain ressemblera à l’âge adulte est par principe impossible ; c’est un peu comme chez les humains, quand on voit un bébé ou un enfant, il est compliqué de dire auquel de ses parents il ressemblera le plus, s’il sera grand ou petit, maigre ou corpulent, bon en maths ou en athlétisme… Bon, c’est sûr que si les deux parents sont blonds aux yeux bleus, il y a fort à parier que l’enfant le soit aussi ! Mais en fonction des gênes récessifs, des phénomènes épigénétiques, des perturbateurs endocriniens et de tout un tas d’autres paramètres, il n’y a aucune certitude.”

Ainsi, on est désolés : on ne peut pas prédire l’avenir. La loterie génétique peut amener beaucoup de surprises, bonnes comme mauvaises. L’environnement dans lequel le cheval va grandir jouera cependant un rôle : nourriture, soins, mouvement libre… Mais cela n’aura évidemment pas un impact aussi flagrant que son patrimoine génétique en matière de conformation et de locomotion. La morphologie du jeune cheval est donc très difficile à prédire, même si certains facteurs génétiques prédisposeront l’animal.

2. A partir de quel âge on peut identifier la morphologie finale du cheval ?

Résumons rapidement comment se déroule la croissance d’un jeune cheval :

  • celle-ci se fait du bas vers le haut (grosso modo)
  • elle se termine parfois à 8 ans : un cheval n’est donc plus “jeune” à partir de 8 ans, pas avant !
  • la dentition d’un cheval est mature à partir de 6 ans

Si la croissance prend autant de temps… A partir de quand peut-on considérer que la conformation finale est arrivée ? Eugénie Cottereau explique :

“Il faut bien distinguer ici les notions de conformation et de posture. La conformation, c’est l’agencement du corps : cela implique des caractéristiques comme la longueur ou l’épaisseur des segments osseux, l’amplitude des angles articulaires, la nature et la solidité des fibres musculaires…

La posture, c’est la façon dont les événements d’une vie impactent la conformation aux niveaux psycho-émotionnel et physique. On sait que les deux s’influencent réciproquement. Si on ajoute à ça d’autres éléments comme la nourriture, la qualité de l’environnement, l’entraînement physique et proprioceptif, les soins reçus pendant la croissance, cela fait beaucoup de facteurs qui peuvent impacter la conformation et / ou la posture !

On estime aujourd’hui qu’un cheval termine sa croissance au point de vue physiologique ( = ossification complète des cartilages de croissance) autour de ses 8 ans, donc jusqu’à 8 ans, cela peut encore fortement changer. A titre d’exemple, entre sa 8e et sa 9e année, mon hongre de race barbe n’a pas grandi en hauteur, mais j’ai du changer ses couvertures de l’hiver dernier qui étaient en 145cm pour du 155cm cette année !”

3. Peut-on identifier sur un foal, ou bien un 1-2 ans à quoi il ressemblera adulte ?

Nous revenons à notre point numéro 1 : qu’est-ce qu’on peut déjà regarder sur un bébé ?

“Sur un foal, on va principalement observer ce qu’on appelle les « dessous », à savoir les membres et les aplombs, parce que sur un poulain de 6 mois ils ont déjà, jusqu’aux genoux et aux jarrets, quasiment leurs dimensions d’adulte. D’autres points sont intéressants à observer, comme l’attache de l’encolure au niveau de la tête et du poitrail (haute ? basse ? fine ? épaisse ?), l’orientation de la croupe ou de l’épaule…

Mais ce sera très difficile à cet âge-là de savoir, par exemple, si le poulain aura un bon équilibre ou pas. On peut déjà aussi juger un peu de la qualité des allures, mais entre un mini-cheval tout léger qui flotte au-dessus du sol et un cheval adulte qui a beaucoup plus de masse à déplacer, c’est quand même assez flou…”

4. Est-ce que les papiers déterminent d’office la qualité locomotrice et morphologique d’un cheval ?

Certains cavaliers parient sur les papiers à l’achat d’un jeune cheval. Mais de “bons” papiers garantissent-ils un développement harmonieux de la conformation et de la locomotion du cheval ?

“Il faut là encore préciser ce que ça veut dire, « les papiers ». Le stud-book, à savoir la race du cheval, ne veut rien dire en soi, parce que certains stud-books sont juste d’immenses fourre-tout qui ne garantissent en rien la qualité intrinsèque d’un animal.

Ce qui est intéressant de regarder plus en détail, ce sont les lignées, les arbres généalogiques.

On sait que certains reproducteurs « marquent » fort leurs produits, c’est le cas par exemple des descendants de Kannan en chevaux d’obstacle : on dit qu’ils sont « signés ». Parfois, certains étalons sont assez insipides et les poulains prennent plus de la mère. De façon générale, on a un peu trop tendance à se focaliser sur les lignées paternelles, parce que c’est plus facile de trouver des ressemblances entre les centaines de produits que les étalons sont susceptibles d’avoir grâce aux techniques d’élevage modernes ; là où les juments, elles, ne peuvent pas produire énormément de poulains (les transferts d’embryons restent beaucoup plus rares, parce que beaucoup plus coûteux !), et donc sont moins « traçables ».

Pour autant, ce qu’on appelle la « souche basse », à savoir les lignées du côté maternel, c’est extrêmement important – et c’est d’ailleurs ce qui fait la différence entre un processus d’élevage « bling bling » qui ne produit que des poulains issus d’étalons à la mode, et un processus d’élevage sérieux qui table sur le long terme par la sélection, justement, des lignées maternelles. Et c’est chez ces éleveurs-là, justement, que l’on aura le plus de chances de bien choisir un poulain, parce qu’ils connaissent très bien leurs juments et savent précisément quelles qualités rechercher chez le père pour « créer » le cheval idéal.

Bon, c’est très eugénique tout ça, et peut-être éthiquement discutable… d’ailleurs certains éleveurs font machine arrière et reviennent à des « mariages » plus raisonnés, en limitant les techniques de prélèvement et d’insémination, parce qu’on s’est rendu compte que ça avait des impacts sur la psychologie et le comportement tant des mères que, par effet ricochet, des poulains…”

Pour conclure, mieux vaut se concentrer sur ce que l’on peut contrôler, c’est-à-dire pas le patrimoine génétique du cheval que l’on a acheté, mais plutôt :

  • lui fournir un environnement de cheval, c’est-à-dire avec un maximum de mouvement libre, avec des congénères, du fourrage à volonté, de l’espace.
  • prêter particulièrement attention à sa nutrition pour aider sa croissance au mieux possible.
  • éviter soigneusement le surpoids, l’ennemi n°1 d’une bonne croissance.
  • prodiguer les soins nécessaires en podologie, ostéopathie, etc.
  • favoriser des états émotionnels positifs.

Remerciements à Eugénie Cottereau pour son précieux partage.

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